Google News : service gratuit ou pillage intellectuel ?

Google actualités

Numéro 1

S’informer

Google Actualités ; c’est quoi et comment ça fonctionne ?

Google Actualité (Google News en Anglais) est un service en ligne gratuit de Google, qui présente des articles d’information en provenance de différents sites d’actualité, le tout de manière automatisée.

De manière plus précise, le service répertorie les articles des sites d’information (environ 500 dans sa version francophone), les classe automatiquement par catégorie et par mots-clés, et en présente un aperçu composé du titre de l’article, d’une miniature de la photo en Une, et des premiers mots de l’article. Ces articles sont ensuite triés par pertinence en fonction du mot-clé, ou de la notoriété de la source.

Créé en avril 2002 aux Etats-Unis, il est disponible depuis 2009 en France, à l’adresse www.news.google.fr

Que reprochent certains médias à Google Actualités ?

Les médias sont divisés dans leur position face à Google Actualités.

Certains y voient un avantage, car Google Actualité leur apporte du trafic de visiteurs. Les chiffres exacts divergent, mais tous s’accordent à dire que cette part est significative. Le belge Copiepresse et le géant allemand de l’édition Axel Springer avaient rapidement demandé à Google d’indexer à nouveau leurs contenus après avoir été supprimés du service, et avoir constaté de fortes baisses d’audience.

D’autres reprochent à Google un pillage de leur propriété intellectuelle. En effet, Google ne demande pas d’autorisation pour indexer et reproduire une partie du contenu produit par les médias en ligne. Ceux-ci accusent donc Google de reproduire illégalement du contenu protégé par les droits d’auteur, précisant que de nombreux lecteurs se contentent de ce contenu, et ne poursuivent pas leurs visites sur le site d’information. Ils lui reprochent également de profiter de sa position dominante (Google détient plus de 90 % du marché des recherches en ligne dans plusieurs pays européens) pour imposer ses conditions aux sites d’information.

Ces reproches ont valu à Google plusieurs procès et confrontations, dont un contre l’AFP entre 2005 et 2007, qui se sera finalement conclu à l’amiable. Plusieurs fois (comme en Belgique ou en Allemagne), Google a fait pression en désindexant temporairement ou en menaçant de désindexer le contenu de certains médias qui réclamaient une rémunération de la part de Google, les privant ainsi d’une partie de leur audience web. D’autres fois, comme au Brésil, ce sont les sites d’information qui ont choisi de se désindexer de Google pour marquer leur désaccord.

Pourquoi parle-t-on à nouveau de Google News ?
Le gouvernement espagnol a récemment entériné une loi votée en octobre, qui oblige les sites d’information à exiger une rémunération en échange de l’indexation et de la reproduction de tout ou partie de leur contenu. En réaction, Google a annoncé que son service Google News en Espagne cesserait de fonctionner le 16 décembre, soit quelques semaines avant l’entrée en vigueur de la loi. Richard Gingras, responsable de Google News, indiquait que « comme Google News lui-même ne gagne pas d’argent (nous ne montrons pas de publicité sur le site), cette nouvelle approche n’est simplement pas tenable », pour justifier la fermeture du site.

Numéro 2

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LE « POUR »

L’Europe est jalouse de Google

Billet rédigé par :

Florence



Google est un coupable idéal. C’est une grosse multinationale, étrangère, et qui génère chaque année un bénéfice net qui se chiffre en milliards. Et en Europe, nous n’aimons pas ce qui est gros. Notre culture nous fera toujours défendre notre petit village gaulois, pourtant barbare, face à l’immense empire romain, pourtant civilisé. Alors Google est un ennemi tout trouvé.

Dans cette affaire, les sites d’information se comportent en enfants gâtés. En effet, ils bénéficient d’un service qui leur amène une audience considérable sans qu’ils aient à débourser un centime. Ni eux, ni leurs lecteurs. Divers exemples le montrent : ceux qui ont voulu se passer de Google News s’en sont vite mordu les doigts, et ont bien souvent demandés à être rapidement réintégrés au service.

Ils reprochent à Google de leur voler leur audience, de faire en sorte que les lecteurs n’aient plus besoin d’aller sur leurs sites… Si c’était vrai, alors l’absence de Google News devrait faire augmenter leur trafic ! C’est tout le contraire ! L’audience des sites brésiliens a diminué de 5 à 25% selon les sources, tout ça pour rien. Les médias brésiliens sont-ils plus heureux maintenant que Google News est parti ? Bien sûr que non ! Pourquoi le seraient-ils ? Qu’ont-ils gagné ? La satisfaction de ne plus voir leurs titres sur Google ? Belle satisfaction, en effet…

La vérité, c’est que nous sommes jaloux. Jaloux de Google, parce qu’ils proposent des services de qualité, que nous, Européens, sommes incapables d’imiter et de concurrencer. Jaloux qu’une entreprise étrangère réussisse chez nous quand les nôtres coulent. Jaloux que plus de 90% de nos concitoyens choisissent (car c’est un choix, ne l’oublions pas ; d’autres services existent hors Google) d’utiliser Google parce que ses services répondent à leurs besoins.

Et face à ce constat, nous réagissons avec toute la mauvaise foi dont nous sommes capables ; en voulant imposer une taxe sur un service gratuit (!), ou en voulant séparer le moteur de recherche du reste de Google. Mais Google n’est pas un service public, ni une association caritative. En tant qu’entreprise, Google a légitimement le droit de tirer un revenu de ses services, que chacun est libre d’utiliser ou pas ! On l’accuse de vouloir gagner de l’argent : la belle affaire ! Quelle entreprise ne le veut pas ?

En interdisant ou en bannissant les services de Google, nous nous tirons une balle dans le pied. Plutôt que d’accuser Google de tous les maux, il serait plus intelligent de voir comment tirer parti de ses services, ou mieux, de faire encore mieux…

LE « CONTRE »

Google se comporte en voyou

Billet rédigé par :

Rémi

Informaticien

Le fait que Google use (et abuse ?) de sa position dominante n’est plus à prouver : avec plus de 90% du trafic des recherches, toute négociation est immédiatement faussée par ce déséquilibre de taille.  Peut-on vraiment parler de négociations dans ces conditions ?

A titre de comparaison dans le monde matériel, imaginez qu’une unique société privée  détienne 90% des routes d’un pays, et que, profitant de cet état de fait, elle aille piocher dans les restaurants un petit morceau de chaque plat pour le donner gratuitement à manger aux passants qui utilisent ses routes. On trouverait ce comportement logiquement scandaleux. Quel choix resterait-il aux restaurants, sachant que 90% de ses clients viennent par ces routes, et qu’elles pourraient ne plus le desservir s’il refusait ces conditions ? Et le fait d’avoir des routes bien entretenues et performantes, que les passants aiment bien, ne change rien !

Car quelle est la stratégie de Google dans cette histoire ? C’est de garder les internautes sur ses différents sites, en se servant gratuitement chez les producteurs de contenu. Car donnez un « extrait » de plat à un passant, il aura toujours faim. Mais donnez-lui en 50, 500, 5000, et il ne passera plus la porte d’un restaurant.

C’est exactement ce qui se passe avec Google Actualités : les internautes profitent d’une information gratuite, triée, prémâchée sur Google Actualités, et ne vont plus visiter les sites, les privant ainsi des revenus publicitaires dont ils vivent. Dans un premier temps, cela peut faire augmenter le trafic d’un site, mais à terme, Google aura tout pouvoir de dicter ses exigences ; les internautes seront captifs.

Google arrive même à profiter de son influence considérable pour passer outre la loi. Quand on y réfléchit, de quel droit une société viendrait-elle prendre et rediffuser sur son site le fruit de votre travail ? Afficher sur ses pages les photos que vous avez faites ? Réécrire votre prose et gagner sa vie avec ?

Alors, certes, Google se réfugie derrière l’argument trompeur qu’il ne gagne pas d’argent avec Google News. Mais il en gagne avec tous ses autres services !

En définitive, la chose n’est acceptée que parce que les sites ont désespérément besoin de cet afflux de visiteurs pour survivre. Et qu’ils sont bien souvent nombreux et divisés, alors que Google dispose de moyens considérables pour leur faire face.

Alors, comment sortir de cette situation inextricable en apparence ? Dans ce contexte, l’appel du parlement européen à séparer le moteur de recherche des autres activités commerciales apparaît comme une piste à creuser sérieusement…

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