Pour ou contre l’instauration des péages urbains ?

Débat péage urbain à Paris
Un exemple de portique pour péage urbain, ici à Singapour

Numéro 1

S’informer

Qu'est-ce qu'un péage urbain ? Comment ça marche ?

Un péage urbain est un système rendant payant l’accès et la circulation en voiture à certaines zones urbaines. Le but est d’inciter les automobilistes à laisser leur véhicule en périphérie pour utiliser les transports en commun et ainsi fluidifier la circulation et réduire la pollution générée par la trafic routier en agglomération.

Dans certains cas, les véhicules les moins polluants (véhicules hybrides, véhicules électriques ou fonctionnant au GPL) sont exonérés de péage. Les recettes servent généralement, au moins en partie, à financer des travaux d’amélioration des réseaux de transport en commun afin d’offrir une alternative aux usagers.

La plupart des péages urbains existant fonctionnent à l’aide de caméras permettant une lecture automatique des plaques d’immatriculation des véhicules entrant dans les zones payantes. Une fois rentré dans cette zone, l’usager doit effectuer le paiement dans un délai donné (en général moins de 24h). Il existe aussi des systèmes d’abonnement pour les utilisateurs réguliers. A Londres, le paiement peut s’effectuer par téléphone, SMS, Internet ou encore dans un des nombreux magasins autorisés à récupérer les sommes dues.

Est-ce que ça existe déjà en Europe ?

Oui. L’exemple le plus connu en Europe est le péage urbain de Londres, installé depuis 2003. C’est aussi la plus grande ville au monde équipée d’un tel dispositif.

La Norvège utilise largement ce système : huit villes sont équipées dont les trois plus grandes villes du pays (Oslo, Bergen et Trondheim).

Stockholm (2006), Dublin (2007), Rome (2001) et Milan (2008) ont également mis en oeuvre des dispositifs équivalents.

Pourquoi en parle-t-on en ce moment ?

Lors d’une interview sur i-Télé le 8 avril dernier, Jean-Vincent Placé, Président du groupes des écologistes du Sénat,  a plaidé pour la mise en oeuvre de péages urbains dans Paris. Cela fait suite aux épisodes de pollution qui ont eu lieu régulièrement depuis fin mars en Ile-de-France.

Pour rappel, l’article 65 de la loi Grenelle 2 promulguée en 2010 permet la mise en place de péages urbains dans les agglomérations de plus de 300 000 habitants afin de « limiter la circulation automobile et lutter contre la pollution et les nuisances environnementales ».

A ce jour, aucun projet détaillé n’a été présenté par l’une des grandes agglomérations françaises.

Numéro 2

Se positionner

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

Quelle est votre opinion avant de lire l'article ?
LE « POUR »

Pour le péage urbain

Billet rédigé par :

Louis Nègre

Sénateur-Maire de Cagnes sur Mer - Président du GART (Groupement des Autorités Résponsables du Transport) - Président de la FIF (Fédération des Industries Férrovières)
http://www.louisnegre-senateur.fr/

Le Constat : une situation critique  : La congestion du réseau routier a des effets négatifs sur le fonctionnement économique des villes. De plus, elle engendre une pollution de l’air qui impacte très directement la santé de nos concitoyens. Les bouchons de dizaines voire de centaines de kilomètres génèrent  des  villes asphyxiées et une atteinte évidente à la qualité de vie des habitants. Cette situation récurrente, qui persiste à longueur d’année, est contraire à toute rationalité et au simple bon sens. C’est donc un vrai problème que la puissance publique a le devoir de traiter.

 

Une solution parmi d’autres : Ce n’est pas la panacée universelle. C’est un outil supplémentaire, destiné à désengorger  les centres urbains. Il a le mérite d’obtenir des résultats significatifs conduisant à une meilleure fluidité de la circulation et à une diminution de la pollution de l’air. Parce qu’il existe une variété infinie de péages, ( de cordon, de zones, d’axe , etc…) ce dernier peut être adapté de manière souple aux contraintes locales.

 

Une contrepartie vertueuse : Les ressources ainsi dégagées sont fléchées, selon la volonté même du Sénat, vers une amélioration du transport public et des infrastructures. Il est socialement utile. Le péage n’est pas fait pour combler le déficit de l’Etat ou de la sécurité sociale !

 

Les avantages du péage  : C’est une meilleure qualité de vie pour tous ! Paradoxalement, les premiers bénéficiaires d’un péage sont les automobilistes qui retrouvent un agrément de conduite, un gain de temps et moins de stress. Pour l’économie locale, les entreprises et tous les professionnels de la route et des livraisons retrouvent un mode de fonctionnement nettement plus satisfaisant. Pour les habitants des agglomérations, les gains environnementaux sont importants : moins d’accidents, moins de bruit et surtout moins de pollution (- 15 % ) qui a un impact direct sur la santé de chaque concitoyen.

 

Quant au coût pour les automobilistes. Il est très variable d’un péage urbain à un autre. Il dépend des autorités locales, de faible à Stockholm à fort à Londres.

 

Enfin, l’idée répandue qu’il n’est pas socialement équitable est des plus contestable.  Le fait de dégager grâce au péage, des fonds pour améliorer le maillage, la fréquence et la qualité des transports publics est incontestablement une mesure sociale. Elle bénéficie directement aux couches les plus défavorisées de la population qui, elles, n’ont pas les moyens de posséder un véhicule dont le coût annuel est quand même d’environ 5 000 euros.

 

Conclusion  : Les avantages du système du péage urbain sont tels que toutes les villes européennes qui l’ont mis en place depuis des années, l’ont maintenu, et à Stockholm il a même été confirmé par un référendum populaire.

 

LE « CONTRE »

Péage urbains : Taxe, mensonge et idéologie

Billet rédigé par :

Christiane Bayard

Secrétaire Générale - Ligue de Défense des Conducteurs
http://www.liguedesconducteurs.org/

L’instauration de péages urbains à l’entrée des villes n’est pas une idée nouvelle. Elle est régulièrement abordée par ceux qui prônent une idéologie selon laquelle la voiture n’a plus le droit de cité. Chaque année, elle progresse à grand renfort de communication pour mieux masquer ses mensonges et son manque de pragmatisme.

 

Les conducteurs sont bien entendu préoccupés par les phénomènes de pollution atmosphérique et partagent l’objectif de le réduire. Cependant, ils ne doivent pas supporter, à eux-seuls, tout le poids de mesures pénalisantes et refusent de faire l’objet d’un nouvel impôt.

 

Le péage urbain n’apportera rien en matière de qualité de l’air puisqu’il fait reposer tout le poids de l’effort sur la motorisation des véhicules qui n’est responsable que de 8,5 % du taux d’émission de particules fines en France.  Quant aux autres sources de pollution aucun plan n’en fait état. Plusieurs études démontrent aussi qu’en fonction de la zone couverte par le plan, l’effet sur la pollution et les encombrements peut être quasi inexistant et ne fait que déplacer le problème vers les zones non comprises par le plan.

 

Ces péages instaurent également une véritable discrimination entre ceux qui peuvent payer et ceux qui n’en ont pas les moyens. A condition d’y mettre le prix, les véhicules les plus polluants pourront toujours continuer à fréquenter les centres villes.
La solution des transports en commun reste irréaliste car ceux-ci sont déjà surchargés et donc totalement incapables  de transporter de nouveaux voyageurs dans des conditions convenables. Lorsque, pour une raison ou pour une autre, leur fonctionnement est perturbé voire interrompu, c’est plus d’un million de passagers qui se retrouvent pris en otages et assignés à résidence.

 

Sans oublier ceux qui n’ont pas d’autre choix que la voiture en raison de l’absence de transport en commun. Ainsi, 57 % des personnes qui travaillent à Paris n’y résident pas, et un tiers de celles qui y travaillent sont des travailleurs de nuit. Un péage urbain priverait ainsi plus d’un million de personnes du libre choix de leur mode de transport ou bien, pire, de la simple possibilité de se rendre sur son lieu de travail.

 

Pour la Ligue de Défense des Conducteurs, les idéologues imprégnés d’absolutisme se contentent de faire du conducteur un bouc-émissaire corvéable et taxable à merci. Elle les invite à la concertation, source de solutions peut-être imparfaites mais réalistes et acceptables par le plus grand nombre.

 

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3 Commentaires

image user Ajoutez un argument POUR Argument POURPOUR
  • L'argumentaire contre parle d'absolutisme et propose plutôt une concertation, mais cela rappelle l'équilibre homme-femme dans les élections : durant plusieurs années, la France a tenté de ne faire appel à la raison et au volontariat, avec des résultats très inégaux selon les partis, et globalement inefficaces. Si le bénéfice des péages va bien à l'amélioration des transports et à la sécurité sociale (pour palier aux soins nécessaires à cause de la pollution), alors la mesure me semble bonne et la crainte de transports sous-estimés ne tient plus. Il faut cependant commencer par améliorer les transports afin qu'ils puisse ...Lire la suite

  • Un autre article (https://ledrenche.fr/2015/03/111faut-il-interdire-les-diesels-dans-paris-2/) rappelle d’ailleurs qu’il n’y a pas UNE pollution mais DES pollutions de type différents..
    Et donc avancer que «Le péage urbain n’apportera rien en matière de qualité de l’air puisqu’il fait reposer tout le poids de l’effort sur la motorisation des véhicules qui n’est responsable que de 8,5% du taux d’émission de particules fines en France.» n’a pas de sens.

    On parle de péage urbain, et qu’il faut donc parler de la pollution des particules fines en milieu urbain.
    Sinon, on compare des pommes et des carottes.

  • Ajoutez un argument CONTRE Argument CONTRECONTREimage user
  • Je suis contre le péage urbain et je trouve que le représentant du plaidoyer contre est vraiment mal choisi... Alors voilà mes arguments : Le péage urbain est très onéreux : environ un quart des redevances doit payer uniquement le système. Il conduit à surveiller tous les déplacements et seront encore sous la main des GAFA. Il discrimine l'accès à la ville en fonction des revenus : pauvre, tu vas dans les TC saturés avec des temps de changement très longs ; riche, tu paies et tu profites d'une voirie libérée des pauvres. Beaucoup d'équipements, d'injustices et de frais pour un résultat très restreint : seulement 15% de ...Lire la suite