Paris : Faut-il « piétoniser » les voies sur berge ?

Voie Georges-Pompidou - Crédit photo : Coyau / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0

Le contexte

En quoi consiste ce projet de piétonisation ?
Pourquoi on en parle en ce moment ?
Et la suite ?

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

LE « POUR »

Les arguments des opposants à la piétonisation n’ont pas de sens

Billet rédigé par :

NajdovskiChristophe -EELVChristophe Najdovski

Maire-Adjoint de Paris, chargé des transports, des déplacements, de la voirie et de l’espace public

Ses missions sur http://paris.fr

J’entends beaucoup certains élus du Val de Marne nous reprocher aujourd’hui la piétonisation de la voie sur berge dans le centre de Paris. Pourquoi vouloir interdire ici ce que toutes les communes des bords de Marne ont réalisé, à savoir un espace au bord de l’eau agréable, propice à flânerie.

La voie Georges Pompidou a été inaugurée en décembre 1967. Elle s’inscrivait dans un plan autoroutier global, et avait pour fonction d’assurer une liaison rapide entre Paris et sa banlieue, et d’assurer une traversée rapide de Paris. C’était il y a 50 ans, les temps ont bien changé. Le périphérique n’existait pas, les RER non plus.

Les arguments des opposants à la piétonisation des berges n’ont pas de sens. Non, nous n’allons pas bloquer Paris et sa banlieue. Les études mesurant l’impact sur la circulation sont claires, les seuls reports de circulation prévus sont dans Paris. Il est malhonnête de comparer le projet de piétonisation avec la récente crue de la Seine qui a fermé de nombreuses voies, ainsi que le RER C.

De même l’impact sur la pollution sera positif car moins de voitures circuleront sur les quais en rive droite. Aujourd’hui deux voies parallèles, les quais hauts et les quais bas, sont dédiés à la circulation. Demain il n’en restera qu’une, il y aura donc moins de circulation qu’aujourd’hui, donc moins de pollution, c’est une évidence.

Aux études rigoureuses que nous avons conduites on nous oppose aujourd’hui un ensemble d’arguments non étayés par des études ou des enquêtes, on nous réclame un moratoire, des études complémentaires, sans en esquisser le contenu, tout simplement parce que le travail préparatoire que nous avons réalisé est complet et de qualité.

Mais la piétonisation de la voie sur berge va toucher une minorité, pas n’importe laquelle : ceux qui utilisent une voiture dans Paris aujourd’hui sont les plus riches, à 84 % des hommes, à 64 % des catégories sociales aisées. Ce sont eux qu’on entend aujourd’hui, pas l’ensemble des gens normaux qui se déplacent quotidiennement en transport en commun, et seront certainement heureux de profiter des bords de Seine de temps en temps.

Enfin, l’impact économique sera positif. Cette piétonisation sera un élément d’attractivité très important pour les touristes, et au-delà pour tous les amoureux de Paris, qui pourront profiter d’une nouvelle façon d’apprécier la capitale.

LE « CONTRE »

Moins de pollution, mais d’avantage de concertation !

Billet rédigé par :

Jean-Pierre LecoqJean-Pierre Lecoq 

Maire du 6ème arrondissement de Paris – Les Républicains

www.jplecoq.fr

Evidemment, comme la plupart d’entre nous, je souhaite vivre dans une ville moins polluée et moins embouteillée.

Mais contrairement à ce que déclare la Maire de Paris, la brusque fermeture des voies sur berges Rive Droite n’y contribuera pas. Nous pensons même qu’elle aura des résultats inverses en accentuant la pollution. D’ailleurs les documents édités par la Mairie de Paris –qui restent très elliptiques sur les reports de circulation et sur la pollution- reconnaissent que le boulevard Saint-Germain, Rive Gauche, les quais de la Seine et la rue de Rivoli, Rive Droite, récupèreront une part relativement importante d’environ 30 % chacun des reports de circulation générés par la fermeture des voies sur berges.

Ainsi donc la pollution qui diminuera sur les quais bas de la Rive Droite augmentera boulevard St Germain, rue de Rivoli et sur les mêmes quais hauts de la Rive Droite.

Comment donc croire un seul instant que la pollution globale diminuera dans la Capitale, alors que la santé des Parisiens est mise en avant comme argument essentiel par la Maire de Paris pour justifier cette décision de fermeture.

Nous nous apercevons donc qu’il n’en sera rien et que la situation risque d’être aggravée dans quelques semaines. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une décision idéologique prise trop rapidement et sans véritable solution de remplacement.

Le rapport de la Commission d’enquête publique le dit fort justement ; cette décision est contestable sur le fond et sur la forme, l’enquête aurait dû porter sur un nombre beaucoup plus important d’arrondissements et notamment chez ceux directement concernés par les reports de circulation qu’elle va engendrer. Les Mairies des 5ème, 6ème et 8ème arrondissements auraient dû être couvertes par le périmètre de l’enquête.

Enfin rappelons que cette décision  ne figurait pas initialement dans le programme d’Anne HIDALGO et devait s’accompagner de la mise en place d’un tram ou d’un bus rapide sur les quais hauts. Aujourd’hui aucune information n’est donnée sur ce transport public de substitution dont la réalisation semble différer de plusieurs années.

En brusquant sa décision et en passant outre les craintes et les mises en garde de très nombreux responsables, la Maire de Paris fait preuve d’un autoritarisme coupable.

D’autres solutions existent et s’imposeront à l’avenir dans le cadre d’un véritable plan de circulation qui reste à élaborer.

La gestion temporelle de la circulation sur les quais de Seine est une des pistes à explorer.

 

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