Vigne : une viticulture sans pesticides est-elle possible ?

Une agriculture sans pesticides ?
Utilisation de pesticides dans la viticulture

Numéro 1

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                                            Débat organisé en partenariat avec

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Place to B est à la croisée des chemins entre médias, écologie et économie collaborative pour fédérer, étudier et transmettre autour du changement climatique et de la transition. Par cette initiative, ils souhaitent rendre accessible à tous les problématiques liées à l’environnement ; c’est dans ce cadre-là que nous avons organisé avec eux une série de débats sur l’environnement.

Qu'est-ce qu'un pesticide ?
Un pesticide est une appellation générique qui regroupe différentes catégories de produits chimiques permettant de combattre des organismes considérés comme nuisibles ou indésirables.

Ils regroupent les fongicides (pour éliminer les champignons), les herbicides ou désherbants (pour éliminer des végétaux), les insecticides (pour tuer ou repousser des insectes) et les parasiticides (pour éliminer les parasites).

Les pesticides sont utilisés dans l’agriculture, le traitement du bois, la gestion des espaces verts et des forêts, les lieux publics (pour lutter contre les cafards, par exemple) mais aussi pour l’usage domestique : les anti-poux, anti-fourmis, antimites, etc. sont également des pesticides.

Que dit la loi au sujet des pesticides ?
Les lois sur les pesticides sont aussi nombreuses que les différents types de pesticides.

En France, c’est l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) qui délivre les autorisations de mise sur le marché des produits phytosanitaires, dont les pesticides. Elle fonctionne en collaboration avec le programme Physan de la Commission européenne, qui régule les autorisations de pesticides au niveau européen.

Selon le ministère de l’Agriculture, environ 4000 produits différents sont autorisés à la vente.

Différents labels, comme le label Bio / Agriculture biologique, garantissent la non-utilisation des pesticides de synthèse.

Pourquoi en parle-t-on en ce moment ?
Le débat sur les pesticides est très présent dans l’actualité depuis quelques années.

En France, la question a été beaucoup discutée dans le cadre de la loi biodiversité, adoptée le 20 juillet dernier.

Numéro 2

Se positionner

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

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LE « POUR »

« Manger tous, manger sain, manger juste »

Billet rédigé par :

Benoît Biteau

Ingénieur des techniques agricoles Secrétaire national Agriculture & Forêt du Parti radical de gauche Conservateur du patrimoine technique, scientifique & naturel Paysan Bio et Lauréat 2009 du Trophée national de l'agriculture durable

Une agriculture sans pesticides, sans engrais de synthèse qui sont aussi des dérivés pétroliers, c’est celle qui prépare l’après pétrole.

Combien savent qu’il faut 1,5 litre de pétrole pour obtenir 1 kilo d’azote ? Que le modèle agricole utilisant la chimie de synthèse mobilise pour produire 1 hectare de blé, de maïs ou de colza, 200 à 270 kilos d’azote, soit 300 à 400 litres de pétrole avant d’avoir tourné la clef du tracteur ?

Le modèle agricole fortement dépendant du pétrole, qui pourtant affirme pouvoir nourrir 9,5 milliards d’humains en 2050, se trouvera dans l’impasse face à la raréfaction de cette ressource.

Une agriculture sans pesticides bâtit les alternatives, met le cap sur l’agronomie et permet de se réapproprier des pratiques qui savent mobiliser les ressources parfaitement gratuites et parfaitement inépuisables que sont la lumière, le carbone, l’azote atmosphérique, les auxiliaires, la vie des sols, tout en restant très productive, plus productive que celle basée sur la chimie. Ici, dans les pays du Nord, et surtout là-bas, dans les pays du Sud, où les bouches réclament la nourriture.

Alternatives basées sur l’agroforesterie, le mélange des espèces, le respect des sols, les ressources génétiques paysannes rustiques et adaptées aux milieux, permettant aux paysans de retrouver leur autonomie génétique et semencière.

Une agriculture sans pesticides, c’est celle qui retrouve son autonomie en sachant coopérer avec la nature, plutôt que de chercher à la mettre au pas et propose ainsi un revenu décent à l’agriculteur.

Une agriculture sans pesticides, c’est celle respectueuse des citoyens contribuables, qui préfère s’inscrire dans des logiques préventives et d’anticipation, plutôt que de continuer à mobiliser des enveloppes publiques indécentes pour financer les très coûteuses démarches curatives de réparation des dégâts du modèle chimique.

Une agriculture sans pesticides, c’est celle qui intègre une approche globale et qui préserve les équilibres, les ressources et l’eau en particulier, les biodiversités sauvages et domestiques, le climat et la santé.

Une agriculture sans pesticides, c’est celle qui se projette dans le très long terme, préserve la capacité de terre (avec un petit t, que nous les paysans prenons dans nos mains) et la Terre (avec un grand T, celle qui nous porte tous), à produire demain pour les générations futures.

L’agriculture sans pesticides, c’est la seule qui vise sincèrement l’atteinte de la souveraineté alimentaire et qui, dans une logique vertueuse, ambitionne pour l’ensemble de l’humanité, de manger tous, manger sain, manger juste.

LE « CONTRE »

« Nous devons tous avancer dans le même sens »

Billet rédigé par :

Philippe Carille

Viticulteur en bio, mais conscient de ses limites

 

Une partie de la réglementation sur l’utilisation des produits phytosanitaires est totalement démagogique. Par conséquent, on se retrouve avec des normes qui sont quasi inapplicables, même en bio.

Cette année, nous avons eu énormément de vent et des périodes de traitements très rapprochées, qui nous ont placé dans une impasse : nous n’avions pas le droit de traiter alors que nous en avions besoin, la réglementation l’interdisant lorsque le vent est supérieur à 19 km/h. Résultat, nous avons enregistré des pertes de récolte très importantes cette année à cause des conditions climatiques. J’ai moi-même perdu 30 % de ma récolte. Pour éviter cela, j’aurais pu utiliser un traitement chimique, même au quart de dose. Mais cela est interdit et me ferait perdre ma certification en bio.

Or, les conséquences sont loin d’être négligeables : entre pertes conséquentes de récolte, tensions sur les prix en raison du manque de volume et rigidité de la norme, les viticulteurs bio sont tentés de revenir aux intrants chimiques.

Sur le fond, le bio est idéal sans vraiment l’être, parce qu’on utilise du cuivre, qui est un métal lourd. Le « tout bio » n’est pas possible à moins de polluer gravement les sols. Et il n’est pas sans conséquence sur la santé des viticulteurs. Pour autant, interdire totalement les produits phytosanitaires, dans l’état actuel des connaissances, c’est tout simplement impossible.

Ceci étant, il existe des viticulteurs qui ont recours aux intrants chimiques et qui font tout pour réduire non seulement les doses appliquées, mais aussi leur fréquence d’utilisation, et réduisent de façon conséquente leur impact sur l’environnement.

Je fais partie de la commission technique du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux. Une des pistes sur lesquelles nous travaillons activement et en laquelle nous fondons beaucoup d’espoirs est celle des cépages résistants aux maladies, qui permettraient de supprimer presque totalement les traitements. Ces cépages doivent aussi révéler un potentiel qualitatif élevé et reproduire la typicité des cépages bordelais.

Une autre approche complémentaire consiste à induire une résistance sur les cépages bordelais grâce à l’emploi d’agents dits « éliciteurs » ou stimulateurs de défenses naturelles. Ceux-ci sont en effet capables de déclencher chez la plante un système d’autodéfense par l’activation de divers mécanismes biochimiques qui sont normalement latents. Il s’agit d’un moyen de lutte biologique faisant intervenir des réactions de défense naturelle de la plante. Toutes ces expérimentations constituent un levier important pour la diminution de l’utilisation des pesticides. 

En parallèle, un autre axe de recherche porte sur l’amélioration des performances techniques du matériel viticole, comme les pulvérisateurs, pour réduire les doses de traitements utilisés et les déperditions dans l’atmosphère et le sol.

Nous devons tous avancer dans le même sens. Je pense que toutes les propriétés viticoles devraient pouvoir traiter 80 % en bio et 20 % avec quelques traitements chimiques à quart de dose ou demi-dose pour éviter les pertes partielles de production, voire totales certaines années.

En conclusion, nous sommes entièrement d’accord sur l’importance et l’urgence de réduire notre impact sur l’environnement. Pour y arriver, il existe de nombreuses solutions. Il faut revenir à du raisonné et du raisonnable. Ne surtout pas s’affronter entre le bio et le conventionnel, mais travailler ensemble.

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10 Commentaires

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  • Philippe Carille, votre analyse est économique et technique. Et le problème de santé publique? L'utilisation de la chimie, quelque soit la dose, est dangereuse pour l'homme et l'environnement, pour l'eau des rivières et des sources. Je ne suis pas naïf au point de penser que l'on peut arrêter tout demain matin. Mais il y a urgence. Des vies humaines sont en danger de mort. Nous avons hypothéqué l'avenir de nos descendants. Des pratiques alternative...Lire la suite

    • Je préciserais juste sur les rendements : même les conventionnels on essuyé de grosses pertes, ne mettons pas sur le dos de la bio une année compliquée quelle que soit le mode de culture. Comme dit jacky concentrons nous sur le fait implacable de la dangerosité de ces produits, des modèles sans existent et sont rémunérateurs, donc inspirons nous. Et par pitié parlons rentabilité et non rendement, c’est le seul indicateur de comparaison.

  • Je me souviens dans mon enfance d’avoir vu un champs de poiriers abandonné, en friches. Année après année, les poires sont redevenues de plus en plus belles, la nature avait dûe recréer l’équilibre. C’est pour cela, je pense, qu’il faut admettre qu’une partie de la récolte est pour « la nature » et que la productivité d’une récolte est variable suivant les années. Il y a des années bonnes et d’autres non. Un champs n’est pas une usine où l’on peut lisser la production.

  • Produire pour produire n'a plus aucun sens, produire moins ,produire mieux ,produire sain ,rémunéré à sa juste valeur de qualité et non de quantité Produire sur des surfaces plus petites ,Partagez les terres ,Ca va être difficile dans la tête de certains qui tueraient père et mère pour un hectare Partager les productions animales ,pour avoir des animaux heureux ,et effacer de la mémoire ancestrale ,que la valeur de son patrimoine s'établ...Lire la suite

    • Et le pire dans tout ça, c’est qu’on peut aisément produire bien et en quantité importante.

  • L'ignorant, c'est celui qui n'a nulle conscience de lui-même, qui ne sait rien de ses propres mensonges, de sa vanité, de ses envies, ni de tout le reste. La liberté réside dans la connaissance de soi. Vous pouvez tout savoir des merveilles de la terre et des cieux et n'être pas pour autant libéré de l'envie, de la souffrance. Dès lors que vous dites « je ne sais pas », vous commencez à apprendre. Apprendre n'est pas accumuler, qu'il s'agisse du...Lire la suite

  • Philippe Carille, vous parlez du bio comme d'un vulgaire label. Hors il s'agit d'un signe OFFICIEL de QUALITE, dont le cahier des charges a été construit et rédigé par les producteurs eux-mêmes. Il ne peut donc pas être transgressé au fil des petits malheurs que rencontrent les agriculteurs, d'autant plus que certains réussissent à s'en sortir parfaitement avec ce cahier des charges. Pratiquer l'agriculture biologique ne consiste pas juste à cess...Lire la suite

  • être agriculteur et penser en terme de rendements à cours terme, c’est comme vouloir devenir une star en une semaine, c’est pas possible!

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  • Toutes ces histoires de pesticides, c’est de l’idéologie à la mode parisienne. C’est du même écolo-niveau que ceux qu croient qu’on peut alimenter un pays moderne en électricité avec des éoliennes.

    Si on peut en mettre moins, tant mieux. Mais ces hsistoires de bio, c’est de la bouille de chat pour bobos parisiens.

    • La, il y a du fond, des arguments implacables, c’est convaincant. Je suis agriculteur bio, et je produis, sans pesticides, sans engrais de synthèse, sans semences certifiées, 40% de plus que mes voisins conventionnels. Et ça, c’est des pas des histoires obscurantistes scientistes au services de l’industrie chimique. C’est des faits, vérifiés et vérifiables.