Ce dont Barack Obama a rêvé…

Ce n’est un secret pour (presque) personne, Barack Obama, jeune retraité et précédemment président des Etats-Unis, était à Paris le week-end dernier.

Lors d’une conférence à l’invitation du collectif Les Napoléons, Barack Obama a tenu un discours optimiste, mais a néanmoins alerté l’auditoire sur les dangers qui menacent le monde et nos démocraties.

Car oui, selon lui, la démocratie est menacée. Selon ses propres termes, « si nous ne trouvons pas une manière de repousser la propagande, des mécanismes pour jeter des passerellesles gouvernements se fermeront, ils tourneront le dos à la démocratie« , avant de préciser : « n’écouter que ceux qui pensent comme nous est un danger pour nos démocraties« .  

Mais de quoi parle donc Barack lorsqu’il dit : « n’écouter que ceux qui pensent comme nous » ? La réponse à cette question a été popularisée aux Etats-Unis par Eli Pariser sous le nom de filter bubble, que l’on pourrait traduire en français par « bulle filtrante » ou « bulle d’opinion ». Le terme français, beaucoup moins populaire, est « homophilie », soit l’attirance pour ce qui nous ressemble (lire à ce propos Le désenchantement de l’internet : Désinformation, rumeur et propagande, de Romain Badouard).

Selon Wikipedia, la « bulle de filtres » désigne à la fois le filtrage de l’information qui parvient à l’internaute par différents filtres ; et l’état d’ « isolement intellectuel » et culturel dans lequel il se retrouve quand les informations qu’il recherche sur Internet résultent d’une personnalisation mise en place à son insu. En bref : n’écouter et ne lire que ceux qui pensent comme nous.

Les bulles de filtres ont toujours existé : de tous temps, l’humain a préféré échanger avec des personnes qui lui ressemblent, de son milieu familial et social, et qui ont majoritairement un avis proche. Le drame ici, c’est que les bulles de filtres sont renforcées par les algorithmes des réseaux sociaux, Facebook et Google principalement, qui vont petit à petit masquer les résultats susceptibles de nous déplaire, c’est à dire les articles et points de vue opposés aux nôtres. Pourtant, nous avons toujours l’impression grâce à ces mêmes réseaux d’être en contact avec le monde entier.

En termes d’impact sur la société, c’est assez dramatique ; ces bulles deviennent de plus en plus hermétiques et de plus en plus éloignées. Et nous sommes donc de moins en moins compréhensifs avec les gens qui ne partagent pas notre opinion, et de plus en plus ignorants de leur manière de penser. 

Le résultat est apparu de manière flagrante suite aux dernières élections aux Etats-Unis ; la moitié du pays s’est rendu compte qu’il ne connaissait pas l’autre moitié, et était incapable de la comprendre. Et Barack Obama a raison, c’est un danger pour nos démocraties : parce que nous ne savons plus vivre ensemble, et parce que nous sommes tout prêts à croire des informations qui vont dans notre sens, même si elles sont fausses : c’est de là que viennent les fake news, entre autres phénomènes.

La bonne nouvelle, c’est que des solutions existent !

Initialement, nous avons fondé Le Drenche pour aider les lecteurs à se forger leur propre opinion… sans forcément penser à ceux qui avaient déjà une opinion bien arrêtée. Ce que nous avons découvert, c’est qu’en lisant des argumentaires du bord opposé, nous permettons à nos lecteurs de comprendre les arguments des personnes qui pensent différemment, favorisant ainsi un débat apaisé.

Pour toutes celles et ceux qui ont une opinion étayée, le retour que nous avons généralement est « Ah, tiens, je n’avais jamais considéré les choses sous cet angle. », ou « ce n’est pas aussi caricatural que ce que je pensais ; je comprends un peu mieux pourquoi ils défendent ce point de vue ».

Dans les premiers ateliers que nous avons organisés, où nous proposons aux participants de se mettre dans la peau de quelqu’un du bord opposé, ce sont 80 % d’entre eux qui se déclarent plus compréhensifs envers les avis opposés en sortant du débat.

Et nous ne comptons pas nous arrêter là : nous lançons en 2018 un programme de recherche sociologique qui permettra de mieux comprendre comment se forme ou se déforme l’opinion sur internet, et quels sont les mécanismes qui permettent de devenir plus compréhensif et tolérant.

Alors, Mr Obama, a last word ?

 

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1 Commentaire sur "Ce dont Barack Obama a rêvé…"

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GUIGNARD
Invité

« …ET QUEL DUNK 360 DU DRENCH !!!  » WELL DONE !

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