Pourquoi Le Drenche mise sur les commentaires, à l’heure où Libération les supprime ?

Le 5 septembre 2018, les commentaires disparaissaient soudainement du site Libération.fr.

D’abord officiellement du à un problème technique, cette disparition s’est prolongée, jusqu’à ce que Libération annonce qu’il s’agit finalement d’un choix. La Rédaction indique « qu’en l’état actuel, le fonctionnement des commentaires n’est pas « satisfaisant » », et précise se laisser un délai de « quelques mois » pour « réfléchir à la place et au rôle des commentaires ».

Le rôle des commentaires sur les sites d’information

Ce fait, en apparence anecdotique, interroge sur la place des commentaires sur les sites d’information. Pourquoi avoir introduit ces commentaires en premier lieu ?

Introduit comme un moyen simple et rapide d’interagir avec le lecteur, les commentaires permettaient également d’ajouter du contenu à un article journalistique. Ce contenu une fois indexé par les moteurs de recherche permettait aux articles de ressortir plus souvent dans les résultats de recherche.

Mais rapidement, la promesse initiale des commentaires s’est avérée décevante. Et quiconque a passé un peu de temps à lire ces commentaires sait qu’au mieux, ils n’apportent pas grand chose à l’article, au pire, ils sont un amas de haine, d’insultes, ou de futilités.

Nous laisserons aux sociologues le soin d’analyser pourquoi on en est arrivés là. La question qui nous intéresse est : comment en faire quelque chose de différent ?

Le pari du Drenche : créer les conditions d’un débat intelligent

Avec Le Drenche, nous avons fait le pari de l’intelligence du lecteur. Et nous avons fait en sorte de créer les conditions d’expression de cette intelligence.

Nos essais nous ont permis de tirer 5 enseignements majeurs du champ « Commentaires ».

1. Supprimer le mot « Commentaires »

Commenter un article apporte souvent peu de choses. On sait rarement qui commente, et le champ commentaires mêle souvent de très diverses interventions. De plus, le mot commentaire est connoté : il évoque souvent une activité un peu futile, radicalement différente de l’écriture, l’argumentation ou la discussion. Bref, le commentaire est souvent stérile.

Chez Le Drenche, nous avons supprimé le mot « commentaires », pour le remplacer par « Ajoutez un argument ». Le changement de nature des interventions a été visible en un rien de temps.

2. Donner la parole à des personnes légitimes

Dans nos articles, nous avons fait le choix de donner la parole à des personnes légitimes. Nous avions par exemple organisé un débat sur le thème « Faut-il pouvoir transformer les églises vides en mosquées ? » – un thème qui ferait frémir tout modérateur.

La personne qui défendait le Pour était un évêque catholique, que les lecteurs trouvaient donc légitimes pour parler de ce sujet. Eh bien les commentaires sous cet article étaient ouverts, tolérants, et apportaient des éléments au débat.

3. Eviter les titres racoleurs, donner les clés de compréhension

Pour avoir beaucoup de (très mauvais) commentaires, rien de tel qu’un titre racoleur et une citation d’une personne contestable ou contestée, de préférence sortie de son contexte.

Commentaires en ligne
A votre avis, les commentaires sous ces articles seront-ils intelligents ?

Au Drenche, nous essayons toujours de donner au lecteur les moyens de comprendre le contexte du débat. Nous posons les questions, expliquons les différentes notions, replaçons les choses dans leur contexte. Nous évitons les titres trompeurs, racoleurs, ou de mettre une citation en titre d’article. De même, nous donnons la place aux personnes qui interviennent de développer un argumentaire, d’expliquer leur raisonnement. Et cela permet aux lecteurs de discuter de ce raisonnement.

4. Expliciter ce que l’on attend des commentaires

Un simple en-tête « Commentaires » revient souvent à dire « Défoulez-vous ».

Certains titres proposent désormais de « Signaler une erreur » ou d' »Apporter une précision ». Ce simple intitulé permet au lecteur de savoir ce qu’on attend de lui, et à qui il s’adresse. Il s’adresse au journaliste s’il signale une erreur, aux autres lecteurs s’il apporte une précision.

C’est ce que nous avons fait au Drenche en proposant au lecteur d’ajouter des arguments (récemment scindé en « Ajoutez un argument Pour » et « Ajoutez un argument contre »). Le lecteur sait qu’il s’adresse aux autre lecteurs et qu’il peut leur permettre d’avoir un aperçu plus complets des manières de défendre un certain point de vue.

5. Valoriser l’intelligence

Enfin, le système des classement des commentaires est également primordial. Les classements par temps / date du commentaire sont désastreux, ceux au nombre de « likes » à peine meilleur.

Au Drenche, nous travaillons pour permettre aux lecteurs de voter pour les arguments qu’ils trouvent les plus pertinents, les plus convaincants, de manière à afficher ceux-ci en premier.

Conclusion

Ces 5 commandements nous ont permis de susciter des commentaires d’une bonne qualité, enrichissant tant pour les rédacteurs que pour les autres lecteurs. Nous sommes certes un « petit » site comparé à Libération, mais nous avons d’ores et déjà entre 1 et 3 % de modération à faire sur nos commentaires.

Cela nous rend optimiste sur la nature humaine, et plus spécifiquement dans notre conviction qu’il est possible de faire émerger l’intelligence de nos lecteurs… pour peu qu’on s’en donne les moyens.

 

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