La pornographie est-elle une atteinte à la dignité des femmes ?

Débat pornographie atteinte dignité femmes
Crédits : andranik123

Numéro 1

S’informer

Quelle est notre consommation actuelle de pornographie ?
En 2018, le célèbre site de streaming de pornographie Pornhub a enregistré près de 33,5 milliards de visites, soit 92 millions par jour. Ce chiffre impressionnant témoigne d’une massification de la consommation, accélérée par l’arrivée de nouveaux sites amateurs sur le web. Quant à notre consommation locale, la France se classe à la sixième place du Top 20 des pays qui consomment le plus de trafic sur Pornhub.

Source : Pornhub

Qu’est-ce que le porno dit «féministe» ?
Aujourd’hui, plusieurs réalisatrices lancent leur propre site de pornographie en réponse au marché majoritairement masculin. L’objectif : offrir une représentativité plus égalitaire de l’orgasme féminin et de la sexualité avec une production qui respecte les acteurs-trices, sans tomber dans les stéréotypes. Certaines vont aussi développer l’esthétique comme la réalisatrice suédoise Erika Lust, une des pionnières du mouvement.

Pourquoi on en parle en ce moment ?
La banalisation de la consommation du porno « mainstream » inquiète de plus en plus par son impact sur notre perception de la sexualité, du corps des hommes et des femmes. Beaucoup dénoncent les risques pour l’imaginaire des enfants, exposés de plus en plus tôt au porno (62 % des 18-30 ans en ont visionné avant leurs 15 ans) et manquant d’éducation sexuelle à l’école. A côté de cela, les mouvements féministes qui luttent pour une meilleure représentation de la sexualité féminine prennent de l’ampleur. La pornographie peut en être la clé ? C’est en débat.

Sources : Opinionway pour 20minutes

Numéro 2

Se positionner

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

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LE « POUR »
Tribune de Alyssa Ahrabare...

Un obstacle majeur à l’égalité réelle

Billet rédigé par :

Alyssa Ahrabare

Membre du CA d'Osez le féminisme
http://osezlefeminisme.fr/

La pornographie véhicule l’idée selon laquelle la sexualité est indissociable de la brutalité. Elle fait l’apologie de la domination masculine puisqu’elle s’inspire des violences contre les femmes en plus d’en engendrer. Le visionnage de films pornographiques conditionne la construction des modèles sexuels des adolescent.e.s qui en consomment, comme le développe la sociologue féministe Gail Dines. Ainsi, là où la sexualité devrait être un continuum d’expériences et d’apprentissages, la pornographie entraîne une déshumanisation des femmes qui se retrouve à tous les niveaux de la société.

La pornographie n’est pas uniquement une niche sur Internet, elle se répand dans notre culture

La publicité utilise les corps hypersexualisés des femmes pour vendre toujours plus. Les oeuvres littéraires, jeux vidéos, séries et films effacent souvent le consentement en érotisant des comportements violents comme le “baiser volé”. La lingerie reprend les codes du “BDSM” (liens, lacets) pour esthétiser la contrainte. Même la langue que nous parlons tend à supprimer l’égalité dans le rapport en rendant la pratique sexuelle dégradante pour les femmes.

Cette culture saturée de pornographie est un obstacle majeur à l’égalité réelle

La pornographie est l’école, la légitimation des violences contre les filles et les femmes. Elle repose sur une essentialisation des sexes : c’est parce que les femmes seraient différentes par nature qu’elles auraient besoin d’être dégradées pour éprouver du plaisir. C’est une idée que l’on retrouve souvent dans les discours de justification du viol. Ainsi, la pornographie répond à l’idéologie patriarcale selon laquelle les hommes devraient dominer les femmes dans la société, les “éduquer” et les “punir”. Fessées, fouets, viols correctifs… La pornographie nous raconte une histoire selon laquelle les femmes doivent rester à leur place, soumises au pouvoir des hommes. Une histoire dont nous sommes abreuvé.e.s dès le plus jeune âge et que certain.e.s d’entre nous finissent par croire.

Dans les faits, des femmes subissent des violences innommables

La pornographie érotise et banalise la violence. Cela entraîne une surenchère. Les consommateurs veulent toujours pire, sans limite. Ces dernières années, le “gonzo” se développe. JM Productions, notamment, est un pionnier de ce genre avec des vidéos de « baise agressive » qui rapportent beaucoup d’argent. Un exemple sont les films « étouffements en série », des fellations particulièrement agressives qui entraînent des vomissements. Par la suite, la tête de la femme est enfoncée dans les toilettes et on tire la chasse. Au delà de l’humiliation, la violence est physique. Les pénétrations répétées et violentes entrainent de nombreux prolapsus anaux et vaginaux, c’est-à-dire la descente anormale d’un ou plusieurs organes situés dans la cavité pelvienne. Certaines femmes sont forcées de tourner sous analgésiques, d’autres ont besoin de chirurgies reconstructrices.

La pornographie alimente la culture du viol. Elle sert de socle au patriarcat et au lot de violences masculines qu’il charrie. Il s’agit d’une atteinte à la dignité des femmes  : directe pour celles qui subissent des actes de torture filmés, indirecte mais bien réelle pour l’ensemble des filles et des femmes de la société.

Billet rédigé par :

Vous ?

Malgré tous nos efforts, nous n’avons pas pu trouver de seconde personne légitime, compétente, et partante pour défendre ce point de vue.

Si cela vous tente, n’hésitez pas à nous contacter !

LE « CONTRE »

Tribune de Claire RichardTribune de Anoushka

Il n’y a pas un porno mais des pornos

Billet rédigé par :

Claire Richard

Journaliste et écrivain, auteure des Chemins de désir (éditions du Seuil / ARTE radio)

Cette formulation met dans le même sac des choses qui n’ont rien à voir. Il n’y a pas « la pornographie » mais des pornographies, réalisées dans des conditions très différentes, avec des images et des objectifs parfois opposés.

Ces pratiques ne résument pas le genre

Oui, certaines reproduisent des clichés sexistes, exploitent les femmes et les font travailler dans des conditions indignes. Aujourd’hui, avec la diffusion du porno gratuit et des « tubes », l’industrie du porno traditionnelle s’est écroulée. Les actrices — et les acteurs, car ils sont aussi touchés — sont contraintes d’accepter des pratiques de plus en plus extrêmes pour des sommes de moins en moins élevées. Leurs conditions de travail sont épuisantes, parfois dégradantes ou dangereuses, parfois proches de l’abus sexuel. Ce porno attente clairement à la dignité des personnes qui y travaillent. Mais ces pratiques ne résument pas le genre, comme MacDo ne résume pas le secteur agro-alimentaire.

D’autres porno qui mettent en circulation d’autres imaginaires non sexistes

Il y a du porno lesbien, queer ou féministe, qui veulent mettre en circulation d’autres imaginaires érotiques, non sexistes. Ils mettent en scène des corps et des pratiques moins normés, dans des conditions de travail éthiques. Dans une culture patriarcale qui s’est construite en réprimant la sexualité féminine, se réapproprier l’imaginaire érotique, les fantasmes, les pratiques dites « déviantes » peut être subversif, excitant, libérateur… tout sauf dégradant.

Couplé à la masturbation, le porno, même mainstream, peut représenter, pour les femmes comme pour les hommes, une façon de découvrir son corps et ce qui l’excite. Un outil de plaisir solitaire, hors cadre reproductif, hors des injonctions libérales à jouir et baiser productif et performant. Un outil de découverte de l’éventail des sexualités possibles, un moyen d’explorer son monde fantasmatique et ses zones imaginaires érogènes. Un outil de connaissance de soi… aux réponses pas toujours simples.

Le porno : un outil pour comprendre ses fantasmes et désir

Ainsi, les scénarios de soumission d’une femme à un homme, très présents dans le porno mainstream, sont souvent dénoncés comme la preuve du sexisme inhérent au genre. Mais le fantasme de soumission est très présent chez les femmes. Pourquoi ? Parce que le patriarcat a colonisé nos fantasmes ? Ou parce que s’y joue autre chose : désir de lâcher-prise, d’éprouver sa force et ses limites ? Sûrement un peu des deux. En matière de sexe, dans une société patriarcale, rien n’est tranché. Le sexe, les fantasmes et le désir sont des espaces troubles, complexes, ambigus, contradictoires. Nous avons beaucoup à y apprendre et le porno peut nous y aider.

Mon corps, mes choix

Billet rédigé par :

Anoushka CONTRE pornographie atteinte dignité des femmesAnoushka

Réalisatrice de film pornographique et éthique

https://www.notasexpert.com/

L’approche de la pornographie féministe et éthique est une forme d’empowerment, une prise de pouvoir de nos corps. Nos corps nous appartiennent et nous choisissons de faire ce que nous voulons avec. Si nous souhaitons baiser devant une caméra, seule, à plusieurs ou ne pas baiser du tout est libératoire !

Le porno féministe vise à désacraliser le sacro saint tabou sur le corps des femmes

Chacun et chacune peut décider de son corps et de ses envies. La sexualité féminine ne doit pas être considérée comme un tabou comme une chose dont on ne peut pas parler librement. Les femmes se masturbent, regardent du porno et sont libres de choisir ce qu’elles veulent ou non pratiquer.
L’approche du porno féministe vise à désacraliser le sacro saint tabou sur le corps des femmes. On apporte un regard différent sur l’acte sexuel, on ose montrer les sexualités et non pas la seule hétéro sexualité, on y découvre tous types de corps et pas seulement des corps stéréotypés.

Les pratiques sont acceptées par tous et dans le respect des performers

Non, ce n’est pas une atteinte à la dignité féminine dans la mesure où les pratiques ayant court dans les films sont acceptées par tous, où le respect des limites des performers est la règle absolue.

Bien au contraire le porno féministe vise à revaloriser la place de la femme et de ses fantasmes. Ne plus la considérer comme simple objet de désir mais qu’elle aille vers ses propres désirs. On est dans une pornographie qui n’est pas phallocentrée et qui ne met aucune pression sur les performers.

Si atteinte à la dignité il y a, ce serait plus dans des productions qui continuent de véhiculer des stéréotypes et clichés sur la femme et les personnes LGBTQ+ tout en proposant des conditions de tournages irrespectueuses pour les performers.

Il faut blâmer la société patriarcale, non le porno

L’atteinte à la dignité de la femme se trouve dans la vie de tous les jours, dans les applications, dans les publicités, dans les jeux vidéos et dans certains discours politiques. La société patriarcale est bien plus responsable du manque de respect envers femmes que le porno qui au final n’est que le simple reflet de la société.

Aujourd’hui le porno que je défends contribue à l’émancipation féminine dans la mesure où les femmes s’affirment, font entendre au monde et aux hommes en particulier quels sont leurs désirs, leurs envies.

Alors cessons de penser que le porno est responsable de tous les maux de la société, essayons plutôt d’éveiller les consciences par l’éducation, le dialogue et l’acceptation de la différence.

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1 Commentaire

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  • Je suis contre la pornographie FILMÉE "mainstream", et pour la pornographie sans images. Je pense qu'il faut développer les livres ou les podcasts érotiques plutôt que les films. L'approche sans images permet selon moi un développement plus important de l'imaginaire érotique et des fantasmes. Au lieu de regarder des scènes toutes faites, on imagine par soi-même, cela pousse davantage à la créativité. Cela permet à chacun-e de développer son...Lire la suite