Faut-il mettre fin au pseudonymat sur les réseaux sociaux ?

Débat Pseudonymat réseaux sociaux

Numéro 1

S’informer

Anonymat, pseudonymat. Les notions élémentaires

Le pseudonymat, dérivé de pseudonyme qui signifie « faux nom », est un état masqué de l’identité réelle. C’est le régime le plus répandu sur internet. Il permet à une personne d’être reconnu sans pour autant fournir d’informations précises sur son identité aux autres utilisateurs. Il n’empêche pas cependant les fournisseurs d’accès Internet de retrouver l’identité des utilisateurs dans la très grande majorité des cas.

En revanche, l’anonymat se rapporte aux gens dont on ignore complètement l’identité. Pour beaucoup, sur internet, cela revient à la même chose. En réalité, l’anonymat réel requiert une non-traçabilité, de sorte que la vérification d’un message d’un détenteur de pseudonyme ne fournisse aucune information sur son identité, ce qui est très rarement le cas dans les faits.

Et ça fait débat ?

La levée progressive de l’anonymat ou du pseudonymat en ligne est souhaitée par un large spectre d’hommes et femmes politiques depuis plusieurs années. Lors du Grand Débat national, il a même été évoqué par le président de la république qui a estimé qu’il s’agissait d’aller “vers une levée progressive de toute forme d’anonymat”. De plus, il a souhaité aller vers un “processus où on sait distinguer le vrai du faux et où on doit savoir d’où les gens parlent et pourquoi ils disent les choses”.

Quelques temps après, Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au numérique, s’était prononcé contre la levée de l’anonymat sur les réseaux sociaux, jugeant cette initiative souhaitable seulement pour quelques dispositifs dont ceux de démocratie participative en ligne. D’autres personnalités politiques s’y étaient également opposés, soulignant les avantages du pseudonymat et les risques pour les libertés individuelles.

Pourquoi on en parle en ce moment ?
Des députés ont déposé un texte qui entend contraindre les internautes à s’inscrire sur les sites communautaires avec leur vrai nom. Enregistré à l’Assemblée nationale le 20 mars, le texte a été renvoyé en commission parlementaire. Le texte ne comporte qu’un seul article, qui vise à modifier la loi pour la confiance dans l’économie numérique, en vigueur depuis 2004. Il exige des plateformes qu’elles vérifient l’identité de l’internaute cherchant à s’inscrire ou déjà membre, en lui demandant de présenter “tout document écrit à caractère probant”.

Et vous qu’en pensez-vous ? Découvrez les tribunes de Paula Forteza et Valérie Bazin-Malgras et forgez-vous votre propre opinion.

Numéro 2

Se positionner

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LE « POUR »

La loi doit veiller à la qualité de l’expression sur les réseaux sociaux 

Billet rédigé par :

Valérie Bazin-Malgras

Députée LR de l'Aube

L’irruption des réseaux sociaux dans nos modes de vie a permis de faciliter la communication au sein de nos sociétés. Ils permettent de partager des opinions et des instants de vie à des proches comme à de larges communautés.

Les réseaux sociaux ont trop souvent été les déversoirs de flots d’insultes

Cependant, ils autorisent également la diffusion de la haine et de l’opprobre. Pour de nombreuses personnalités publiques, comme pour des anonymes, les réseaux sociaux ont trop souvent été les déversoirs de flots d’insultes à leur encontre.

Leurs excès sont donc à craindre. Tantôt ils perturbent l’expression démocratique par la diffusion d’infox via de faux comptes, tantôt ils déversent leur lot de haine et de langage ordurier d’autant plus inappréciable que les insultes y sont quotidiennes et banalisées.

Ces atteintes abjectes sont facilitées par le recours au pseudonymat lequel permet de se cacher derrière un nom d’emprunt pour ne pas avoir à assumer publiquement, à la vue de tous, des propos ou des actions, malveillants ou douteux.

Le recours aux pseudonymes bénéficie avant tout aux harceleurs et aux militants politiques radicaux qui propagent des arguments politiques erronés ou de fausses informations.

Il est nécessaire de responsabiliser les contributeurs en leur imposant de sortir du confort de l’anonymat

Les auteurs de cette prose de caniveau peuvent ainsi souiller sans avoir à assumer leurs propos. Le secrétaire général de la CFDT, M. Laurent Berger, affirmait il y a peu sur une grande radio nationale en « avoir assez des gens qui sont derrière les pseudos, et qui insultent à longueur de temps, qui mettent de l’huile sur le feu à longueur de temps ».

Il est alors nécessaire de responsabiliser les contributeurs en leur imposant de sortir du confort de l’anonymat.

C’est pour mettre fin à cette irresponsabilité sur les réseaux sociaux que j’ai déposé une proposition de loi visant à obliger les utilisateurs des réseaux sociaux à s’y inscrire sous leur identité réelle.

Ce texte a pour ambition de rendre les échanges sur les réseaux sociaux plus sains en responsabilisant les auteurs par l’imputabilité directe de leur propos.

C’est à cette condition que nous pourrons garantir que les réseaux sociaux représentent réellement un progrès pour tous.

LE « CONTRE »

Levée de l’anonymat en ligne ? Fausse bonne idée.

Billet rédigé par :

Paula Forteza

Députée des Français d’Amérique latine et des Caraïbes
https://forteza.fr/

La proposition de loi visant à lutter contre la haine en ligne a relancé le débat autour de la question de l’anonymat en ligne. De ce débat est né beaucoup de confusion et de mauvais usages, ou parfois d’incompréhensions de l’état actuel de notre législation.

S’il existe un phénomène de prolifération des contenus haineux en ligne, celui-ci n’est pas intrinsèquement lié à la question de l’anonymat. Contrairement aux idées reçues, l’anonymat absolu n’existe pratiquement pas sur le web : l’adresse IP peut être récupérée par la justice pour identifier des contrevenants, c’est d’ailleurs le mécanisme qui est utilisé dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ou de la pédopornographie.

Il deviendrait possible d’identifier des groupes de personnes et de réaliser des profilages extrêmement fins

Si l’anonymat aux yeux de la loi est très rare sur Internet, l’origine de cet abus de langage tient à une confusion avec un autre terme proche, le pseudonymat, qui quant à lui est légion sur le web. Il s’agit d’une faculté laissée à l’utilisateur pour choisir de partager ou non ses informations publiquement en
entrant des données pas toujours exactes car à sa seule appréciation (nom, prénom, date de naissance, etc). En effet, qui n’a jamais utilisé un pseudonyme sur Facebook, Twitter, SnapChat ? Mais, il ne faut pas l’oublier :  même en ayant choisi d’entrer des informations altérées, l’utilisateur reste traçable par les opérateurs, donc, a fortiori, identifiable par la justice.

En ce sens, une demande de la levée de l’anonymat est trompeuse. Ce qui a été réclamé était en fait, l’obligation d’entrer des informations correctes et vérifiées, à savoir une authentification validée par la transmission d’une pièce d’identité. Cette fois, il s’agit bien de lever le pseudonymat. Cette demande risquerait de se heurter au règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD), cadre commun européen en matière de protection des données personnelles. L’obstacle principal tient au risque de profilage qui en découlerait. En effet, il deviendrait possible, grâce à la collecte de toutes ces informations personnelles et du comportement en ligne de l’utilisateur, d’identifier des groupes de personnes et de réaliser des profilages extrêmement fins.

Par ailleurs, le pseudonymat est, dans certains cas, une condition de la liberté d’expression, qui permet que le dialogue existe, soit libre et fluide. C’est le cas, par exemple, des fonctionnaires qui ont un devoir de réserve et n’ont pas le droit de s’exprimer publiquement sur leurs opinions politiques. C’est aussi le cas des lanceurs d’alerte ou des personnes qui auraient des propos ou idées minoritaires et ne se sentiraient pas à l’aise de les défendre publiquement. Il s’agit donc, à mon sens, d’une fausse bonne idée.

La lutte contre la haine en ligne ne doit pas se faire au préjudice de droits et libertés numériques

Nous peinons déjà aujourd’hui à réguler les géants du numérique en raison du nombre de données qu’ils détiennent et du pouvoir financier qui en découle. Leur donner accès à de nouvelles données extrêmement sensibles ne nous permettrait pas d’avancer vers un numérique plus éthique.

La lutte contre la haine en ligne ne doit pas se faire au préjudice de droits et libertés numériques. Afin d’avoir une lutte véritablement efficace, il convient de responsabiliser les plateformes et les utilisateurs en réintroduisant du civisme en ligne, mais aussi, et surtout, de mettre en place une régulation du numérique systémique, intelligente.

Sans plus de transparence sur les mécanismes de diffusion, partage, recommandation, mise en valeur des contenus, nous ne parviendrons pas à endiguer les dérives du numérique. Aujourd’hui, les plateformes elles-mêmes ne parviennent pas à une connaissance fine de leurs algorithmes. Il faut réintroduire une collaboration avec à la fois la société civile (chercheurs, associations, journalistes) et les autorités de régulation, afin de trouver des solutions adéquates pour lutter contre la propagation des contenus litigieux.

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  • La liberté de penser, de s'exprimer sont des libertés fondamentales, mises à mal ces derniers temps, mais ce ne sont pas des libertés qui permettent de faire le panégyrique de la haine, des insultes, qui peuvent détruire celui à qui cela est adressé et aller jusqu'au suicide de la personne visée Ecrire sur le Web c'est comme écrire dans un journal. Le journaliste n'est pas anonyme, il est responsable de ce qu'il écrit et il assume ses écrits...Lire la suite

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