Franc CFA
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Faut-il supprimer le franc CFA ?

1. Le contexte

Le franc CFA est le nom de deux monnaies communes héritées de la colonisation française et utilisées par 14 pays d’Afrique constituant en partie la zone franc :

  • le franc de la Communauté Financière en Afrique pour les huit États membres de l’ UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) à savoir : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo ;
  • le franc de la Coopération Financière en Afrique centrale pour les six États membres de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) à savoir : le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad).

Ces deux organisation disposent chacune de leur institution bancaire. La BCEA (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) pour l’UEMOA et la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) pour la CEMAC.

Source : Wikipédia

Depuis 1945, la Banque de France est le troisième acteur de ce système monétaire. Le franc CFA est arrimé à l’euro selon une parité fixe garantie par la France. En contrepartie, les pays de la zone franc ont l’obligation de déposer 50 % de leurs réserves de change au Trésor français sur un compte rémunéré. Tous les ans, la Banque de France reverse les intérêts obligataires de leurs réserves aux pays africains. C’est aussi en France que sont imprimés les billets de francs CFA.

Dans une déclaration commune en date du 29 juin, les chefs d’État des quinze pays de la CEDEAO (Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest) ont émis le souhait d’adopter une nouvelle monnaie commune appelée ECO d’ici 2020. L’adoption de cette monnaie unique entraînera, pour huit des quinze pays où il est encore utilisé, l’abandon du franc CFA. Cette décision a fait l’objet de nombreux débats entre économistes au sujet de l’interêt de conserver ou non le franc CFA. Et on en débat ici !

2. Le débat des experts

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.
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Le “Pour”
Michel Santi
Macro-économiste
Franc CFA, ou l’impérialisme à la française

Franc CFA : A eux seuls, ces mots symbolisent l’expérience macro économique le plus synonyme d’asservissement de toute l’Histoire de l’Humanité. Le CFA a présidé au pillage en règle de l’Afrique car, sous une apparence légale, la France a freiné le développement de quasiment tout un continent, à son plus grand avantage. Réunissant le Cameroun, le Gabon, le Tchad, la Guinée Equatoriale, le Congo, le Centrafrique, le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Niger, le Togo, le Mali et le Sénégal regroupés en deux unions monétaires faisant usage de deux monnaies distinctes appelées « CFA » et reliées à l’euro selon une parité fixe, ce système est toujours sous l’emprise de la République Française qui poursuit sous des formes plus insidieuses la colonisation de près de 170 millions de citoyens africains.

Le franc CFA reste l’instrument idéal pour maintenir sous tutelle ces nations par l’ancien colonisateur

Car le franc CFA reste l’instrument idéal pour maintenir sous tutelle ces nations par l’ancien colonisateur qui a, de manière chronique, imposé à cette monnaie une valorisation artificiellement haute (vis-à-vis du Franc Français puis de l’Euro) dans le but de rendre plus attractives les exportations françaises en direction du réseau CFA, et afin que les exportations de ces pays africains vers le reste du monde soient plus chères, confortant ainsi leur dépendance à l’endroit de Paris.

Sous un vernis de paternalisme et d’octroi de protection assurés à des nations réputées incapables de se gérer elles-mêmes, le CFA a donné un blanc seing à la France qui a pu se procurer toutes sortes de marchandises africaines quasi gratuitement…puisque c’est elle qui contrôle la monnaie de ces pays produisant ces biens et ces produits. Pour défendre ses intérêts vitaux et pécuniaires liés au CFA, la France n’a pas lésiné sur les moyens ni reculé à faire régner la peur, voire le chaos. La fameuse et tristement célèbre « coopération » masque désormais difficilement la déstabilisation politique et économique, quand ce ne fut pas littéralement la violence, orchestrées par la France afin de maintenir le CFA, et dissuader toute velléité de s’en défaire.

Ce privilège exorbitant conféré à la France a donc confisqué tout pouvoir de politique monétaire autonome aux nations membres du CFA

Les entreprises nationales hexagonales purent rapatrier tous leurs profits générés dans ces nations africaines en lieu et place d’y réinvestir, ce qui a donné lieu à une privatisation en bonne et due forme des ressources de ces pays par la courroie de transmission de l’obligation faite à leurs banques centrales de déposer en France une partie substantielle de leurs réserves monétaires. Ce privilège exorbitant conféré à la France a donc confisqué tout pouvoir de politique monétaire autonome aux nations membres du CFA qui n’ont en fait jamais – et pas même le jour de leur indépendance – recouvré leur souveraineté ! Il est en effet aberrant que ces pays – qui ont des cycles économiques pas corrélés ni semblables à ceux de l’Union Européenne – soient soumis à la politique des taux d’intérêt de la Banque Centrale Européenne, quand leurs préoccupations et priorités ne sont strictement pas la discipline fiscale et budgétaire qu’ils doivent respecter du fait de l’indexation du CFA à l’euro, mais bien l’amélioration de leurs capacités de production, le développement de leurs infrastructures et la mise au travail de leurs jeunes.

Combien de temps encore quatorze nations d’Afrique (en comptant les Comores affiliées au CFA) imploreront-elles la France, seule aux manettes de leur destinée économique et financière ?

Le “Contre”
Diagne Cheikh Ahmed Bamba
Directeur Scientifique du LAREM
Passer du CFA à l’ECO une operation à haut risque

Le débat sur le franc CFA est régulièrement remis au goût du jour. Cette monnaie suscite des débats passionnés, des proclamations politiques aussi simplistes que péremptoires. La zone CFA n’est pas seulement un zone de change, elle est aussi une zone de coopération économique. Renoncer à cette monnaie au profit de l’ECO demande une préparation et un certain nombre de critères à respecter.

Il faut apprendre des erreurs des autres : le Mali a eu une douloureuse expérience monétaire qui a duré 22 ans

Il faut apprendre des erreurs des autres : le Mali a eu une douloureuse expérience monétaire qui a duré 22 ans (1962-1984). À sa sortie de la zone CFA en 1962, le Mali avait mené une politique monétaire expansionniste ayant abouti à la dévaluation en 1967 du franc malien, suivie d’un coup d’État une année plus tard. La Guinée Conakry, plus grande et plus riche en ressources naturelles que le Sénégal, a depuis 1960 sa propre monnaie. Elle pèse 7 milliards, là où le Sénégal pèse 16 milliards de dollars. Quel est l’effet du franc guinéen sur son développement ?

L’UEMOA* pèse 102,2 milliards de dollars (l’équivalent de 22 % du PIB nigérian). La Côte d’Ivoire avec 35 % de l’économie a toujours gouverné la BCEAO**. Alors qu’en sera-t-il d’une future monnaie de la CEDEAO*** – l’ECO – où le Nigeria représente à lui seul 73,1 % et les 14 pays restants 26,9 % ? Certains pays n’ont pas les mêmes intérêts que le Nigeria. Par exemple, si l’augmentation du baril du pétrole arrange ce dernier, elle dérange les autres pays importateurs de pétrole. Dès lors, comment peuvent-ils partager la même monnaie ?

Pourquoi quitter une zone stable, pour rejoindre une zone chroniquement instable

Il y a des préalables qu’on doit régler pour rendre l’ECO optimale. Le ciblage d’inflation reste la stratégie dominante en matière de politique monétaire et dans la zone UEMOA, la stabilité monétaire est une réalité : l’inflation est maîtrisée contrairement aux autres pays de la CEDEAO qui connaissent des inflations de plus de 10 %. Cette stabilité monétaire a permis à la zone de mettre en place des politiques économiques dans le long terme avec un faible décalage entre les scénarios pessimistes et optimistes. Depuis 2011, les pays de la zone UEMOA sont rentrés dans une dynamique de croissance soutenue et une inflation maîtrisée. Pourquoi quitter, alors, une zone stable, pour rejoindre une zone chroniquement instable du fait du poids du Nigeria, qui dépend aux trois-quarts du pétrole une ressource très volatile ?

*UEMOA :  Union économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA)

** BCEAO : La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO)

*** CEDEAO : La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est également une organisation intergouvernementale ouest-africaine destinée à coordonner les actions des pays de l’Afrique de l’Ouest. Son but principal est de créer une union économique et monétaire ouest-africaine. L’espace de la CEDEAO englobe celui de l’UEMOA et tous les pays de la CEDEAO n’utilisent pas le FCFA.

 

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3. Le débat des lecteurs

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