Casque à vélo : faut-il le rendre obligatoire pour tous ?

Crédit : Gregory Furter

Numéro 1

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LE « POUR »

Port du casque à vélo : une nécessité

Billet rédigé par :

Hervé Maurey

Sénateur de l’Eure, Président de la Commission de l’Aménagement du territoire et du développement durable

Le cyclisme connaît un engouement croissant et sans cesse réaffirmé ces dernières années. Un chiffre atteste de ce succès : le cap symbolique des 3 millions de vélos vendus a été dépassé en 2016.

Les incitations publiques (indemnité kilométrique vélo, prime à l’achat,…), la multiplication des vélos en libre service et l’arrivée récente des vélos en partage « flottants » devraient encore accroître l’usage de ce mode de transport.

Ses vertus pour la santé, pour la planète mais aussi ses avantages économiques sont indéniables.

Néanmoins, une ombre persiste : la sécurité.

En 2016, 4400 accidents de vélo ont été recensés. Ce chiffre n’est que la partie émergée de l’iceberg, un grand nombre d’entre eux n’étant pas déclaré. Ces accidents ont entrainé la mort de 162 cyclistes. Ce chiffre n’a cessé d’augmenter ces dernières années et a connu une hausse de plus de 15 % entre 2010 et 2016, alors que dans le même temps la mortalité liée aux autres moyens de transport diminue.Les chiffres connus pour 2017 laissent entrevoir une « année noire ». Le deuxième trimestre 2017 a ainsi été le plus meurtrier depuis 7 ans.

Les accidents en vélo sont particulièrement dangereux. Le risque d’être tué par heure passée sur la route est trois fois plus important pour un cycliste que pour un automobiliste. Celui d’être gravement blessé est 16 fois plus élevé.

Malgré les aménagements des collectivités locales pour mieux les protéger, les cyclistes, circulant sans protection, restent très vulnérables. Les accidents, même mineurs, une simple chute par exemple, peuvent entraîner des conséquences majeures, telles qu’un traumatisme crânien.

Un geste, simple, pourrait néanmoins éviter un grand nombre de drames : le port du casque.

Selon une étude récente sur le sujet , cette protection réduit les risques de blessure grave à la tête de presque 70 % et de 65 % les risques de traumatisme crânien entrainant la mort.

Depuis le 22 mars dernier, les enfants de 12 ans, conducteurs ou passagers, ont l’obligation de porter un casque.
Cette mesure est un premier pas néanmoins elle ne saurait être suffisante puisque les personnes les plus âgées sont les plus vulnérables. Les cyclistes de plus de 65 ans représentent ainsi près de 40 % des décédés à la suite d’un accident de vélo.
C’est pour cela que j’ai déposé en 2016 une proposition de loi visant à imposer le port du casque à vélo, aux conducteurs et aux passagers.

La frontière amoindrie entre vélo et deux roues motorisées, avec l’arrivée des vélos à assistance électrique permettant de rouler à 25 km/heure, impose d’autant plus à mon sens le port du casque.

L’adoption de cette proposition de loi serait particulièrement la bienvenue à un moment où le Gouvernement réaffirme la sécurité routière comme une priorité et annonce un plan national vélo.

LE « CONTRE »

Casque : dossier contre intuitif, dossier à risque

Billet rédigé par :

Olivier Schneider

Président de la FUB
https://www.fub.fr/

S’il y a un sujet-vélo qui est un marronnier, il s’agit bien du casque. Dans la population, le consentement à forcer les cyclistes à en porter un est très important. « Les cyclistes font n’importe quoi », qu’ils mettent au moins un casque. C’est une fausse bonne idée. La bonne consiste à encourager la pratique du vélo et mieux partager l’espace public, grâce à des infrastructures de qualité.

Dans le contexte de multiples crises : environnementale, économique et sociétale, le vélo a bien des atouts. Sobre en énergie et n’émettant aucune particule, le vélo permet de combattre efficacement l’épidémie de sédentarité. Accessible, il permet de réduire les inégalités face à la mobilité quotidienne. Convivial et ouvert, il favorise l’attractivité de nos territoires.

Sans réduire le vélo à son rôle écologique, la FUB œuvre au quotidien pour améliorer la situation des cyclistes, pour rendre le vélo accessible au plus grand nombre, pour aider les pouvoirs publics à mettre en place les meilleures politiques de sécurité routière. Depuis des années, la FUB dénonce régulièrement des amalgames injustifiés qui devraient logiquement conduire à des conclusions aussi aberrantes que rendre le casque obligatoire pour les piétons ou les automobilistes de plus de 65 ans… voire pour les personnes empruntant les escaliers.

On comprend parfaitement qu’il paraisse tentant de penser « cela ne peut pas faire de mal », mais pourtant une majorité d’études scientifiques trouvent cette affirmation discutable. La vitesse est facteur d’accident et augmente la gravité des
blessures. Elle induit des polytraumatismes : d’autres organes vitaux que la tête sont touchés. Le rôle du port du casque est de ce fait amoindri. Les accidents sur routes départementales étant les plus graves en termes de bilan lésionnel pour les cyclistes mais aussi pour tous les autres usagers de la route, il est préférable d’agir globalement sur les vitesses pratiquées plutôt que de stigmatiser une seule catégorie d’usagers. Le Gouvernement s’est positionné en ce sens avec la décriée mesure 5 du dernier CISR qui fixe la vitesse de référence hors agglomération à 80 km/h.

Comme le démontre l’Observatoire régional de santé Ile de France (2012), le bénéfice de la pratique du vélo est plus de 20 fois supérieur aux risques encourus. Ce ratio très important en faveur du vélo est essentiellement dû aux bénéfices de l’activité physique qui l’emportent largement sur les autres bénéfices et sur l’ensemble des risques. Plus la part modale vélo est élevée, plus ce ratio est important, allant de 19 avec une part modale vélo de 4 % jusqu’à 27 avec une part modale vélo de 20 %. Les gouvernements devraient se polariser sur l’encouragement à la pratique plutôt que d’effrayer les usagers en donnant au risque d’accident une importance qu’il n’a pas dans la réalité.

Le casque doit rester un choix. C’est un enjeu de santé public : le coût de la sédentarité est du même ordre que la lutte contre le tabagisme, alors tous à vélo !

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3 Commentaires sur "Casque à vélo : faut-il le rendre obligatoire pour tous ?"

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Manuel Boite
Invité

Bonjour,

au doigt mouillé, 2 cyclistes sur 3 qui meurent font du vélo «sportif» hors agglomération, usage associé, toujours au doigt mouillé, à 98% de porteurs de casque.

Le casque ne protège pas de l’automobiliste distrait…

Grincheux
Invité

Avis d’Hervé Maurey qui n’a pas du poser ses fesses sur un vélo depuis qu’il a 14 ans et pour qui la sécurité routière consiste à prendre sa voiture pour ne pas se mettre en danger (mais mettre les autres en danger) face à Olivier Schneider, président de la FUB, Monsieur vélo, qui argumente chiffres à l’appui sur les méfaits de l’obligation du port du casque, je crois que ça résume le débat.
Prenez tous les pays où la part cyclable est notable, très peu y portent des casques et pourtant ils n’ont pas une mortalité plus élevée que chez nous.
Pourquoi le casque n’est que peu utile, surtout sur des déplacements utilitaires ? Simplement parce qu’il n’est pas fait pour protéger d’une voiture qui vous coupe la route.
Attaquons nous aux comportements à risques, développons de vraies infrastructures cyclables et la face de notre pays changera.

JMBROCARD
Invité

J’ai été témoin d’un accident, grave, qui a coûté un trauma crânien au cycliste qui ne portait pas de casque (rien pour l’automobiliste évidemment). Cette vision assez choquante du cycliste à terre m’a littéralement remis les idées en place et je suis maintenant toujours affublé de mon casque.
Il y a aussi le fait que je suis en vélo électrique (Cycloboost) et que les voitures ne pensent pas me voir arriver aussi vite quand ils me voient dans le rétro. Donc le risque est bien présent.
Enfin je trouve cette phrase très juste : « la pratique du vélo est plus de 20 fois supérieur aux risques encourus »