Pour ou contre la mise en place de téléphones dans les cellules de prisons ?

Cellule du quartier d'isolement de la prison Jacques-Cartier de Rennes (France), à travers le judas.

Numéro 1

S’informer

Quels sont les droits actuels d'un détenu ?
Un détenu a des droits familiaux (par exemple, il peut se marier ou obtenir une autorisation de sortie en cas de décès d’un proche). Il a également des droits sociaux et civiques. Ces droits peuvent varier selon que la personne soit en détention provisoire ou condamnée.

Dans sa vie quotidienne, le détenu a notamment un droit de visite et de correspondance. Il peut également téléphoner vers l’extérieur.

Il a également accès à des activités socio-culturelles : il peut consulter des publications dans la médiathèque de l’établissement ou encore pratiquer des activités physiques et sportives…toujours sous le contrôle du service pénitentiaire d’insertion et de probation.

Pour aller plus loin : ici

Quel est le règlement actuel pour les appels téléphoniques ?

Les personnes détenues peuvent passer gratuitement un appel dans les premières heures de leur détention. Elles peuvent appeler gratuitement la Croix-Rouge Écoute Détenu (Cred) et l’Association réflexion action prison et justice (Arapej).

Au quotidien, elles peuvent téléphoner, à leur frais, aux membres de leur famille et à d’autres personnes pour préparer leur réinsertion sociale. Les appels doivent être passés depuis les téléphones de la prison. Les téléphones portables sont interdits.

Le juge d’instruction peut toutefois prononcer une interdiction de communiquer avec l’extérieur. Cette interdiction ne s’applique pas aux appels à son avocat par la personne détenue.

Les conversations téléphoniques, à l’exception de celles avec les avocats, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, la Cred et l’Arapej, peuvent être écoutées, enregistrées, et être interrompues par les surveillants.

Sources : Service-public.fr

Pourquoi on en parle en ce moment ?

Un appel d’offres a été lancé par le ministère de la Justice au mois de novembre 2017 pour que d’ici à 2020, l’ensemble des cellules soit équipée d’un téléphone filaire fixe. Il fait suite à une première expérience menée dans la prison de Montmédy (Meuse), où les 317 détenus longue peine ont accès depuis 2016 à des téléphones fixés dans leurs cellules.
L’objectif ? Une amélioration des conditions de détention et surtout lutter contre le trafic illégal de téléphones portables.

Que prévoit le règlement ?

Les détenus devraient pouvoir appeler à n’importe quelle heure quatre numéros vérifiés et validés au préalable par un juge. Actuellement, les cabines sont ouvertes de 7h30 à 12 heures puis de 13h30 à 19 heures pour un nombre de détenus important… ce qui nécessite une organisation complexe.

Le prix de la communication n’a pas encore été dévoilé. D’après Le Parisien, les appels devraient coûter moins chers que depuis les points-phones : 1,16 euro pour 10 minutes vers un téléphone fixe en métropole et 2,64 euros vers un mobile. Il s’élève actuellement à environ 80 centimes par minute, ce qui peut vite représenter des gros budgets pour les familles (entre 100 et 150€ par mois).

Concernant la durée des appels, après l’examen de l’appel d’offres, Les Inrockuptibles ont calculé que cela reviendrait à environ trois minutes par jour par téléphone en cellule… ce qui est relativement peu pour 4 numéros.

Quelles réactions ?

Beaucoup de politiques et syndicats pénitentiaires ont élevé la voix pour exprimer leur refus et critiquer l’objectif d’amélioration des conditions. Par ailleurs, selon certains, d’autres moyens comme le brouillage peuvent efficacement lutter contre le trafic illégal de téléphone portable.

Numéro 2

Se positionner

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

Quelle est votre opinion avant de lire l'article ?
LE « POUR »

Le téléphone fixe en prison : une évidence !

Billet rédigé par :

Anonyme

Visiteur de prisons
http://www.anvp.org/

Rappelons rapidement qu’une personne en détention est un être humain privé de liberté. C’est tout : il reste un citoyen.
Cette personne a une famille, une femme, des enfants…parfois éloignés géographiquement. Il peut communiquer par lettres, par le téléphone commun mais sans intimité et avec des numéros identifiés…..ou par le portable : moyen illégal mais pourtant toujours très présent.
L’administration pénitentiaire est très consciente de ce problème et elle ne fait qu’accompagner la réalité. Ne soyons pas naïfs, elle pourra mieux surveiller un poste fixe (avec des numéros contrôlés) qu’un portable.

Rien n’est gratuit en prison

D’autre part n’oublions pas que le détenu paiera son abonnement, chaque unité d’appel. Contrairement aux idées reçues, rien n’est gratuit en prison, paieront ceux qui pourront !
Mais j’attends le concret, l’installation effective car dans ce domaine l’administration est très lente et parfois sujette à des coupes budgétaires, alors attendons.
Et puis pour diminuer les tensions en prison : la tolérance s’impose, d’où les portables….tolérés, la drogue tolérée….et le téléphone fixe pourrait donc lui aussi diminuer les tensions.

Le détenu redevient un être humain sociable et apaisé

Restons lucide encore une fois : le téléphone fixe sera pour le détenu « lambda » : un plus pour lui, l’intimité avec ses proches, un maintien du lien familial, social…..il redevient un être humain sociable et apaisé, à moins que nous préférions fabriquer des bêtes fauves.
Le portable sera toujours là , je le crains pour les trafiquants, les contacts illégaux et autre fous de dieu etc….c’est le problème de la pénitentiaire, autre question.
Donc oui au téléphone fixe en cellule surveillé, contrôlé et payant pour celui qui pourra ! ! ! !

LE « CONTRE »

Contre la mise en place de téléphones fixes dans les cellules !

Billet rédigé par :

Guillaume Jeanson

Porte-parole de l’Institut pour la Justice et avocat au barreau de Paris
http://www.institutpourlajustice.org

Préserver les liens familiaux des détenus est une préoccupation légitime. Il faut cependant la poursuivre par d’autres moyens que par la mise en place de téléphones fixes dans l’ensemble des cellules des prisons françaises.
Car rien ne permet en effet de s’assurer que cette mesure ne sera pas, le plus souvent, détournée à des fins de poursuite d’activités criminelles, de pressions exercées sur les victimes ou leurs familles, de préparations d’évasions ou même d’attentats.

Les syndicats de la pénitentiaire ont dénoncé le fait que la limitation annoncée du nombre de numéros pouvant être appelés depuis ces téléphones n’empêchera pas, en effet, d’entrer en contact avec n’importe qui : « On sait pertinemment qu’au bout du fil, il peut y avoir un autre interlocuteur. Et là, ce n’est pas contrôlé du tout. » En réponse, le ministère promet l’écoute de ces lignes. Il est pourtant évident que l’administration pénitentiaire sera bien incapable de mobiliser suffisamment de personnel pour surveiller efficacement près de 50.000 nouvelles lignes téléphoniques qui seront ouvertes 24h/24, c’est à dire y compris toute la nuit, alors que jusqu’ici elle peinait déjà à le faire juste de jour, sur des créneaux horaires limités, et pour quelques lignes seulement.

Proprement illusoire

Certains prétendent que l’installation de ces téléphones permettrait de lutter contre les trafics de téléphones portables en prison. C’est proprement illusoire. Tout d’abord, parce qu’un détenu désireux de poursuivre ses activités délictueuses ou d’en préparer de nouvelles utilisera rarement à cette fin ce nouveau téléphone fixe (comme il n’utilise déjà pas aujourd’hui pour ce faire les lignes téléphoniques mises à sa disposition dans les
coursives des prisons). Ensuite, parce qu’en raison du coût prohibitif annoncé pour l’utilisation de ces téléphones, nombreux seront les détenus à préférer, même pour leurs conversations anodines, la modicité du coût de communication que leur confèrent leurs portables prohibés.

Il n’est pas inintéressant de rappeler pour conclure que le secrétaire du syndicat pénitentiaire des surveillants de Montmédy (le lieu qui avait été choisi pour réaliser l’expérimentation de cette mesure) avait lui-même révélé que si certains détenus utilisaient le téléphone mis à leur disposition, la majorité n’en voyaient cependant pas l’utilité et préféraient bien utiliser leurs téléphones illégaux. Il ajoutait même : « De nombreux téléphones fixes ont déjà été cassés ou transformés en cachette. Ils s’en servent parfois aussi pour faire des chargeurs artisanaux. »

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