Une agriculture sans pesticides est-elle possible ?

Numéro 1

S’informer

Qu'est-ce qu'un pesticide ?

Un pesticide est une appellation générique qui regroupe différentes catégories de produits chimiques permettant de combattre des organismes considérés comme nuisibles ou indésirables.

Ils regroupent les fongicides (pour éliminer les champignons), les herbicides ou désherbants (pour éliminer des végétaux), les insecticides (pour tuer ou repousser des insectes) et les parasiticides (pour éliminer les parasites).

Les pesticides sont utilisés dans l’agriculture, le traitement du bois, la gestion des espaces verts et des forêts, les lieux publics (pour lutter contre les cafards, par exemple) mais aussi pour l’usage domestique : les anti-poux, anti-fourmis, antimites, etc. sont également des pesticides.

Ils sont majoritairement fabriqués par des entreprises de l’agrochimie dont les plus connues : Syngenta, BASF, Dupont, Monsanto, Bayer ou Dow.

Chaque année, c’est plus de 66.600 tonnes pesticides qui sont utilisées en France dans les cultures agricoles (90 %) ou horticoles (10 %).

Que dit la loi au sujet des pesticides ?

Les lois sur les pesticides sont aussi nombreuses que les différents types de pesticides.

En France, c’est le ministère de l’agriculture et l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) qui délivrent les autorisations de mise sur le marché des produits phytosanitaires, dont les pesticides. L’agence fonctionne en collaboration avec le programme Physan de la Commission européenne, qui régule les autorisations de pesticides au niveau européen.

Selon la Commission européenne, environ 4000 produits différents sont autorisés à la vente en France.

Aucune loi française aujourd’hui fixe une limite de concentration de pesticides dans l’air. La France est d’ailleurs le pays le plus consommateur de pesticides en Europe, aux cotés de l’Espagne.

Pour pallier à cela, le gouvernement a lancé le plan « Ecophyto » en 2008 lors du Grenelle de l’environnement. Son objectif ? Réduire les pesticides à 50 % d’ici 2018. Au vu des échecs, les exigences furent repoussées à 2025.

Différents labels, comme le label Bio / Agriculture biologique, garantissent la non-utilisation des pesticides de synthèse.

Pourquoi on en parle en ce moment ?

Depuis quelques années, de plus en plus d’études pointent du doigt la dangerosité des pesticides pour l’environnement mais également au niveau de la santé, notamment certains pour leurs effets cancérigènes.

Dernièrement, la multinationale Monsanto a perdu son procès contre un agriculteur atteint d’une maladie neurologique.

L’agriculture utilisant des pesticides est ainsi de plus en plus remise en cause, mais est-ce possible aujourd’hui de faire sans ? Découvrez notre débat.

Numéro 2

Se positionner

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

Quelle est votre opinion avant de lire l'article ?
LE « POUR »

Une agriculture sans pesticides : un impératif

Billet rédigé par :

André Ménache

Conseiller scientifique pour Antidote Europe
http://www.antidote-europe.org

Une agriculture quasiment sans pesticides est possible si la société civile le souhaite sincèrement. Mais pour cela, elle doit être bien informée pour espérer changer les choses. Le grand public comprendra très vite le besoin de se passer de presque tout pesticide une fois qu’un calcul global des « coûts et bénéfices » lui aura été présenté. Si auparavant les pesticides ont permis d’optimiser la récolte agricole, le revers de la médaille se révèle aujourd’hui sous forme de résistance croissante chez les insectes ravageurs (en même temps que la disparition d’insectes bénéfiques, et notamment les abeilles), en plus des dégâts inattendus pour l’environnement, pour les écosystèmes et pour la santé humaine.

Concrètement, il faut changer de paradigme si nous voulons éviter un écocide (déjà en cours) pour l’environnement avec des conséquences graves pour l’humanité. Une agriculture sans pesticides s’avère non seulement possible mais devient un impératif. Beaucoup de pesticides sont des polluants actifs persistants en plus de leur caractère de perturbateur endocrinien, comme le démontre le chlordécone aux Antilles françaises, et probablement le glyphosate. En l’occurrence, nous sommes quasiment tous contaminés par des pesticides.

Il est également impossible de quantifier le risque réel pour notre santé étant donné que les tests de toxicité effectués pour la commercialisation de tout pesticide n’ont quasiment aucun rapport avec l’exposition chez l’homme. Ces tests impliquent des rongeurs et des poissons, exposés normalement à une seule substance à la fois et à court terme. Par contre, nous sommes exposés à vie à un véritable « cocktail » de pesticides (on retrouve jusqu’à cinq pesticides à la fois sur les raisins de table non bio). Nous sommes tous cobayes de cette politique sanitaire ratée.

Il y a donc urgence à agir pour notre santé et pour l’environnement. Nous avons la possibilité mais également le devoir d’appliquer le savoir-faire du 21ème siècle afin de promouvoir une agriculture durable. Il s’agit de remplacer les champs de monocultures bien arrosés de pesticides par des stratégies respectueuses de l’environnement dans le cadre d’infrastructures agro-écologiques tels la diversification des cultures, l’allongement des rotations, le désherbage mécanique, l’utilisation de produits phytosanitaires « sains », comme l’ortie, les purins de prêle, ou encore la bio-fumigation (libération de molécules volatiles lors de la dégradation de certaines plantes, principalement les crucifères) et bien d’autres pratiques ayant fait leurs preuves.

LE « CONTRE »

Pesticides agricoles, outils précieux pour la santé des plantes cultivées

Billet rédigé par :

Catherine Regnault-Roger

Professeur des universités émérite à l’Université de Pau et des pays de l’Adour, membre titulaire de l’Académie d’agriculture de France, membre correspondant de l’Académie nationale de Pharmacie
https://bit.ly/2CO7Jhf

Se délivrant des aléas de la cueillette et de la chasse, l’homme a inventé l’agriculture pour mieux se nourrir, favorisant ainsi les insectes et animaux qui s’alimentent de ces plantes cultivées et les maladies causées par des microorganismes pathogènes qui les affectent. Il se rendait aussi compte que certains végétaux (qu’il appela mauvaises herbes),  entraient en compétition avec elles pour la disponibilité en eau et nutriments. Comprendre ces phénomènes néfastes et agir avec efficacité pour les contrôler fut un long chemin : tout d’abord l’observation, puis la constatation empirique que certains minéraux ou extraits botaniques pouvaient lutter contre ces nuisibles qui diminuent le rendement des cultures.

Ce n’est qu’après de longs tâtonnements et le développement des connaissances scientifiques permettant d’identifier qu’il existe des moyens rationnels, des composés efficaces pour les combattre, qu’il faut situer la mise au point des pesticides. Ce terme anglais qui signifie « tuer les pestes »  est devenu péjoratif. Mais savez-vous que ces produits ont délivré ces femmes agenouillées dans les champs du sarclage du lin à mains nues ? Savez-vous que les enfants des écoles des années 1930 étaient obligés, sur ordre préfectoral, d’aller ramasser des doryphores qui ravageaient les champs de pommes de terre ?  Les pesticides ont apporté non seulement une amélioration de la protection des cultures mais également des conditions de vie dans les campagnes.

Aujourd’hui l’agriculture peut-elle se passer des pesticides ? Pas vraiment. Toutes les agricultures utilisent des pesticides pour protéger les plantes cultivées : même l’agriculture biologique est grande consommatrice de pesticides autorisés par son cahier des charges, qu’ils soient chimiques à base de minéraux comme la célèbre bouillie bordelaise (cuivre écotoxique) ou d’extraits botaniques ou microbiens (bactéries et champignons entomopathogènes).

Aujourd’hui, on utilise des pesticides au profil environnemental amélioré (certains s’intégrant dans une démarche de biocontrôle) dans le cadre réglementaire européen obligatoire de la Protection Intégrée. Celle-ci conjugue plusieurs approches complémentaires comme l’amélioration de variétés moins sensibles aux maladies et aux insectes, la mise en œuvre de méthodes prophylactiques ou de systèmes de culture agro-écologiques. On n’y utilise les pesticides qu’en dernier recours, car tout comme les antibiotiques qui soignent les hommes et des animaux, les pesticides agricoles qui protègent la santé des plantes cultivées, doivent être utilisés à bon escient et avec parcimonie.

Il n’existe qu’une santé sur terre : celle des hommes, des plantes, des animaux et de l’environnement. Une seule santé et une seule planète.

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10 Commentaires

Ajoutez un argument POUR
  • Une agriculture sans pesticide est –elle possible, vaste sujet et plusieurs réponses possibles, nécessité d’élargir à d’autres champs des technologies développées par l’Homme.
    Première idée, pour ne pas avoir besoin de pesticides, il ne faut pas de « pest » ou accepter les dommages des « pests » pour ne pas avoir les « cider ».
    Il a existé une agriculture sans pesticide, grosso modo avant la nécessité de lutter contre le mildiou de la vigne avec le sulfate de cuivre fin du XIXème siècle, sulfate de cuivre utilisé rapidement ensuite sur semences de blé ou pour désherber le blé à l’aube du siècle passé, puis est venu l’acide sulfurique, bien corrosif et bien cancérigène, c’était bien avant la seconde guerre mondiale et le DDT.
    Il existe trois agricultures qui se passent ou peuvent se passer de pesticides actuellement :
    -l’agriculture vivrière des paysans très pauvres ou très isolés en Afrique sub-saharienne ou dans le nord-est du Brésil par exemple. Ces agriculteurs subissent les dommages des bioagresseurs, vivent avec ces dommages.
    -les cultures céréalières extensives en milieu à moins de 400 mm d’eau par an en Australie ou dans le sud-ouest des US et visent des rendements compris entre 20 et 30 quintaux /ha (juste un peu de glyphosate à faible dose par avion avant la levée du blé quand même mais pas obligatoire) , ces rendements sont ceux de notre agriculture biologique en France,
    – des productions légumières à forte valeur dans des zones isolées et désertiques, les étendues de serres « insect-proof » que l’on peut découvrir en Israël dans le Sinaï, milieu isolé, désertique, apport d’eau au goutte à goutte, climat très sec et prévention contre les insectes via le dispositif. Je suis toujours admiratif de nos collègues agronomes israéliens, qui posent les vrais problème et vont droit à la solution. On retrouve la même logique dans la ferme verticale mais avec éclairage artificiel, culture hydroponique, air filtré, en milieu totalement artificiel et contrôlé.
    On peut aussi se poser la question différemment, la pollution de l’automobile est infiniment plus dangereuse que celle des pesticides agricoles. Elle est au cœur des villes, à proximité immédiate des écoles et des hôpitaux, impacte l’air que je respire sans possibilité de choix, conduit le conducteur à manipuler du benzène 1% dans l’essence sans plomb, essence que l’on veut voir remplacer le diesel, benzène que citadin respire largement. Donc vraiment l’horreur absolue.
    A-ton fait des efforts pour réduire l’impact unitaire de l’automobile sur la santé des population ? oui et c’est considérable, merci les pétroliers et merci les motoristes – Peut-on se passer totalement de voiture ? oui – Rapidement ? oui mais avec contraintes – Est-il préférable de développer des moyens de transports alternatifs avant d’interdire la voiture ou développer des véhicules individuels propres qui offrent les mêmes services mais sans la pollution induite ? cette solution a évidemment ma préférence, je possède un véhicule à essence et suis conscient des conséquences de ce choix mais aussi de la façon d’améliorer la situation.
    Ce qui vaut pour la voiture vaut aussi pour les pesticides de synthèse en agriculture.
    La prochaine fois, je développe sur l’intérêt de remplacer les avions modernes par des ballons dirigeables. Normal j’habite Toulouse, la ville des avionneurs et d’Airbus industries, j’ai testé le concept sur des amis qui travaillent dans l’aéronautique et craignent comme 95% des français les pesticides, résultat désopilant.

  • Erratum, les serres « insect-proof » qui longent la route d’Eilat à la mer morte ne sont pas dans le désert du Sinaï mais celui du Negev, le désert du Sinaï ayant été restitué à l’Égypte. Ces étendues de cultures légumières protégées traduisent un concept où le sans pesticide est possible, lumière naturelle, eau distribuée méticuleusement , climat idéal …et agronomes d’exception pour concevoir et orchestrer le tout.
    L’autre parallèle intéressant est celui des médicaments pour la santé humaine.
    Pour soigner différentes affections humaines les médecins ont grossièrement 4 sources de moyens pour traiter les pathologies et misères des Hommes, comme en agriculture : l’allopathie, l’homéopathie, la phytothérapie (avec en proximité l’aromothérapie) et un ensemble d’autres médecines dites « douces » : acupuncture, auriculothérapie, et ensemble regroupé sous le vocable naturopathie ( le terme Nature est important) associé à d’autres médecines traditionnelles.
    L’allopathie est l’équivalent de l’utilisation des pesticides de synthèse en protection des plantes, médicaments parfois découverts par un screening à l’aveugle mais souvent en imitant des substances naturelles, synthétisées au plus proche ou en augmentant leur efficacité comme l’acide acétylsalicylique sur la base de l’extrait de saule en allopathie comme le sont les pyrethrinoïdes sur la base des pyrethines en protection des cultures.
    La phytothérapie appliquée à l’ensemble des extraits végétaux reprend entre autres : nicotine, roténone, pyrethines, neem et azadirachtine …. qui existent ou ont été largement utilisés. On pourrait aussi assimiler même s’il s’agit de microorganismes, les insecticides de type Bt biopesticide ou des substances naturelles issues des fermenteurs sans passage par la case synthèse, comme le spinosad .
    Il existe une utilisation de l’homéopathie en protection des cultures, peu développée mais largement vantée par les journaux. D’autres médecines des plantes, médecines douces existent aussi avec la théorie de Joël Sternheimer sur la musicothérapie.
    Ce parallèle mérite d’être posé car l’allopathie, pour aussi efficace qu’elle soit, tue environ, chiffre officiel, entre 15 000 et 20 000 français par an et en envoie entre 150 000 et 300 000 à l’hôpital, plus les troubles passagers non enregistrés, certes souvent suite à des interactions médicamenteuses, les fameux effets cocktails qui à doses « efficaces » peuvent être redoutables ou à un mauvais respect des prescriptions, mais des effets non intentionnels autres sont aussi en cause. En effet on ingère ces substances chimiques de synthèse pour qu’elles aient un effet sur l’organisme donc la dose est suffisante pour avoir cet effet, ce ne sont pas des traces infinitésimales (cas de l’homéopathie ou même la trace moléculaire a parfois disparu).
    Si l’allopathie est encore utilisée majoritairement dans ces conditions que l’on pourra trouver « effroyables », c’est qu’elle soulage ou guérit ou sauve, selon le cas, au moins 10 fois plus de patients qu’elle n’en envoie à l’hôpital ou au cimetière. On parle alors de bénéfice /risque. Rien de tout cela avec les pesticides agricoles qui dans leur utilisation dans les pays développés au-delà d’accident ponctuels n’ont pas induit une surmortalité moyenne chez les agriculteurs les plus exposés et à fortiori l’épidémie de cancers soupçonnée par les opposant à la chimie de synthèse.
    Les produits utilisés en agriculture à l’instar des médicaments achetés en pharmacie avec ou sans prescription, de l’essence que l’on met dans les voiture, de l’huile minérale que l’on met dans les moteurs de ces mêmes voitures, des peintures et de nombreux produits ménagers de la vie courante restent néanmoins des produits à manipuler avec précaution mais infiniment moins dangereux pour le risque chimique que l’essence automobile par exemple, produit pourtant d’usage courant et délivré sans ordonnance et avec une protection minimaliste pour le conducteur qui se sert lui-même de plus en plus souvent avec un automate. L’encadrement des pesticides agricoles actuel est certes nécessaire mais pose question sur l’encadrement de produits comparables notamment lorsqu’il est question de libérer la distribution de médicaments non remboursés et pourtant infiniment plus dangereux.
    A la question : peut-on se passer facilement de pesticides agricoles ? la réponse que j’aurai envie d’apporter serait : OUI de toute évidence ! aussi facilement que l’on peut se passer de l’allothérapie en médecine et de tous les apports de la médecine moderne.
    On peut parfaitement soigner les français avec l’homéopathie et l’ensemble des médecines douces et naturelles, bien nourris (pas forcement bio), consommant une eau de bonne qualité, ils ne mourront pas en masse, vivront un tout petit peu moins vieux en moyenne simplement.
    Pour les médicaments cela permettra de supprimer ces 15 000 à 20 000 morts brutales liées à l’utilisation des médicaments santé humaine, 6 fois le nombre d’accidents de la route. Pour les pesticides de synthèse agricoles, en cas de suppression, pas de gain d’espérance de vie à attendre, ni de réduction d’ailleurs. Cela induira une assez forte augmentation du coût de notre alimentation, passage des 13 % actuels aux 25 -30% des années 1960 et une importation en quantité significative de produits agricoles de base depuis des pays n’ayant pas renoncé à l’agriculture conventionnelle comme les USA, le Canada, la Russie, l’Ukraine, l’Espagne ou le Maroc…. Avec bien plus de résidus de pesticides que ce que l’on trouve dans l’alimentation produite en France actuellement … que du bonheur !
    Ce qui parait en fait surprenant c’est qu’il existe encore des médecins hostiles aux pesticides qui n’ont pas radicalement cessé de prescrire de l’allopathie et n’ont pas basculé du coté lumineux et vertueux, celui des médecines douces et de l’homéopathie. Là est le vrai mystère pour moi !

  • Ajoutez un argument CONTRE
  • Voilà un débat vicié et vicieux dès le départ.

    Que propose l’argument « Une agriculture sans pesticides : un impératif » ?

    D’emblée : « Une agriculture quasiment sans pesticides… » Puis « …le besoin de se passer de presque tout pesticide… » Que signifient « quasiment » et « presque tout » ?

    Mais l’auteur de cet argument a raison : « Le grand public comprendra très vite […] une fois qu’un calcul global des « coûts et bénéfices » lui aura été présenté. »

    Qu’on présente ce calcul, mais exhaustif et surtout honnête. Pas les arguments fallacieux mille fois répétés, ni la gesticulation sémantique (écocide, polluants persistants, perturbateurs endocriniens, cocktails…), ni les contre-vérités (l’ortie, les purins de prêle… des produits phytosanitaires « sains »… quelle blague !).

    Qu’on présente aussi la réalité agricole (et alimentaire car la finalité de l’agriculture est essentiellement de nous nourrir) – la vraie, pas Martine à la ferme. En particulier à ceux qui professent qu’il y a plein de pratiques – supposées vertueuses et dont certaines comme le travail du sol ou les pyréthrines « naturelles » sont désastreuses – ayant fait leurs preuves. On peut aussi leur mettre une binette dans les mains…

    L’Académie d’Agriculture a publié des « repères » (…www.academie-agriculture.fr/publications/encyclopedie/reperes). Les pertes de rendement en passant du « conventionnel » (dont l’ensemble n’est pas produit sur le mode « productiviste » décrié) sont de quelque 40 % en maïs et triticale et 60 % en blé. Le colza en bio ? Très difficile !

    En blé, cela nous ramène aux début des années 1960… plus de 50 ans de recul. La France comptait alors entre 45 et 50 millions d’habitants.

    Qu’on nous dise aussi si le refus des « pesticides » s’applique également aux produits (parfois les mêmes) qui s’appellent « biocides » quand ils sont utilisés sur l’humain, les animaux, dans l’environnement domestique ou encore pour la protection des matériaux comme le bois de charpente. Quand on veut « sauver la planète » et éviter un « écocide », il faut être conséquent.

  • J’utilise depuis plusieurs années en culture maraîchère différents procédés afin d’éviter l’usage de pesticide comme les biocontrôles qui sont très efficaces contre beaucoup de bioagresseurs. Mais, affirmer que l’on peut cultiver « quasiment sans pesticide » est une imposture. Certains bioagresseurs n’ont pas de prédateur connu surtout ceux importés accidentellement de l’étranger, et font même partie de la liste des organismes nuisibles réglementés dont l’éradication est obligatoire, comme la bactérie Clavibacter michiganensis qui nécessite l’usage de fongicide. C’est aussi le cas de la mouche mineuse sud-américaine qui est très polyphage et qui est devenue un problème majeur pour tous les pomiculteurs du sud de la France. Les biocontrôles sont surtout efficaces contre certains ravageurs ; faut-il encore que ces derniers ne transportent pas d’agent pathogène incurable comme le virus de la mosaïque du haricot transmis par des pucerons. Ainsi l’usage de pesticide est quelquefois inévitable, y compris à titre préventif si l’agriculteur ne veut pas se retrouver devant une catastrophe.

    Il est exact qu’en agriculture bio on utilise des pesticides dits « naturels » qui ne sont pourtant pas anodins. Le cuivre homologué en agriculture bio (surtout en pomiculture) est toxique pour l’homme, n’est pas biodégradable et s’accumule dans le sol. Autre exemple : L’huile de neem extraite du margousier est un autre insecticide naturel homologué en agriculture biologique. Il est étonnant de constater que les tenants de l’agriculture biologique qui sacralisent la protection de l’environnement préconisent l’utilisation de cet insecticide alors qu’il est connu pour être un perturbateur endocrinien, qu’il représente un danger pour les abeilles adultes et leurs larves. Plusieurs études ont montré que la substance active de l’huile de neem, l’azadiractine, est un carcinogène génotoxique.

    La société paradisiaque que les anti-pesticides veulent nous imposer est à des années-lumière des réalités de la pratique de l’agriculture. Mais, il y aura toujours des convaincus pour affirmer que l’agriculture bio sans pesticide ça marche, même si leurs légumes sont rachitiques et porteurs de maladies.

  • Nous sommes en face de questions posées de façon abrupte. À la première, je suis tenté de répondre oui… car, de façon formelle, il est possible ici ou là, dans telle ou telle conjonction climatique, de cultiver et produire sans pesticide. Probablement avec des « rendements » en-dessous de ce qui est nécessaire pour « nourrir » de vastes populations…
    Mais, dès que je pense à certains fléaux, par exemple les criquets, ou aux espèces invasives, non accompagnées de leur cortège de prédateurs (et… là l’actualité montre à quel point nos écosystèmes sont fragiles) qui menacent les cultures… je sais que le recours aux pesticides est l’ultime solution, quand elle peut marcher (hélas, vis-à-vis par exemple la très polyphage bactérie Xylella fastidiosa, aucun pesticide autorisé n’a d’effet).

    En fait ces deux questions, ce pourrait être « peut-on, nous humains, se passer de médicaments ? » ou bien « Ne peut-on pas s’en passer ? » À quoi je réponds « oui » à la première proposition… tant que je suis en bonne santé et qu’aucun organe de mon corps ne dysfonctionne ni qu’aucune pandémie ne menace la population proche… mais en fait « non » car je sais fort bien qu’à un moment ou un autre… Évident !

  • Je regrette toujours qu’on oublie que les pesticides ont été un instrument décisif de la libération des femmes et des enfants de ce qui avait tout de l’esclavage quand il s’agissait de désherber ou de faire la chasse aux nuisibles divers et variés.
    Dans le même ordre d’idée, qui se souvient que la possibilité de produire du fil de fer pas cher et donc de clore les prairies pour un coût raisonnable, a permis aux petites filles qui gardaient jusque-là les troupeaux, d’aller à l’école ?
    Qui se souvient que plus que tous les autres progrès, c’est la bicyclette qui a permis aux jeunes femmes d’aller chercher un conjoint dans un village d’à côté, échappant ainsi à l’emprise de leurs familles et du village ?
    Le progrès technique, avec toutes ses limites, a été et reste encore une clé du développement humain.

  • Bonjour,
    La question est intéressante et les deux intervenants apportent des arguments intéressants. La situation est assez claire. Une agriculture sans pesticides est souhaitable pour son effet bénéfique sur la santé humaine et pour réduire l’impact de l’agriculture sur l’environnement. Mais cette agriculture sans pesticides n’est pas possible aujourd’hui. L’agriculture est une acitivté de production qui soit être rentable et qui doit atteindre des volumes important de façon à nourrir l’humanité.

  • Je partage complètement l’argument selon lequel il n’existe qu’une santé sur terre : celle des hommes, des plantes, des animaux et de l’environnement. Qui accepterait de se nourrir d’animaux ou de plantes malades ?
    Bien entendu, le recours aux produits phytosanitaires,comme pour les antibiotiques, doit se faire avec parcimonie et bon escient. Affirmer qu’une agriculture sans aucun pesticide est possible est une contre-vérité !

  • Les pesticides (encore faudrait-il savoir lesquels !) ont évidemment un coût, qui n’est pas négligeable. Mais ils ont aussi des bénéfices, qu’il ne faudrait pas négliger non plus. Il existe beaucoup de raisons de penser que ces bénéfices sont en fait largement supérieurs aux coûts… Voir https://www.academie-agriculture.fr/system/files_force/publications/notes/2016/n3af-2016-1-opinion-propos-des-couts-externes-des-pesticides-about-external-costs-pesticides/n3af20161-jean-marcboussard.pdf?download=1