Revenu de base inconditionnel : est-ce réalisable ?

Débat pour ou contre le Revenu de base inconditionnel

Le contexte

Le revenu de base : définition
Quand est apparue l'idée du revenu de base ?
Des expérimentations sur le revenu de base ont-elles déjà été mises en oeuvre ?
Pourquoi en parle-t-on en ce moment ?

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

LE « POUR »
Tribune du MFRBTribune de BIEN-Suisse

Le revenu de base, pour remettre l’humain au cœur du XXIème siècle

Billet rédigé par :

Logo_MFRB_bigCamille LAMBERT

Coordinatrice du Mouvement Français pour un Revenu de Base

revenudebase.info

La courbe du chômage ne cesse d’augmenter. La précarité des emplois sévit de plus en plus. Le travail se métamorphose continuellement et les inégalités se creusent chaque jour davantage. La robotisation se développe à folle allure, dans les emplois peu qualifiés mais aussi dans les emplois cognitifs. Nous faisons face à des crises économique, sociale, environnementale et politique, auxquelles nos gouvernements ne parviennent plus à répondre. La démocratie a besoin d’un nouveau souffle pour rendre à chaque citoyen sa capacité d’action au sein de la société.

L’instauration d’un revenu de base versé à chaque individu tout au long de la vie, sans condition de ressources ni de contrepartie, est l’une des réponses à cette crise sociétale. Universel, il simplifie une administration devenue trop complexe, bureaucratique et souvent intrusive. Inconditionnel, il reconnaît les activités non-marchandes et bénévoles et permet à chacun de maîtriser différemment son temps. Individuel, il instaure un socle d’égalité entre toutes et tous. Versé de la naissance à la mort, il offre à chacun un socle permanent lui permettant de vivre avec souplesse les différents moments de son existence, dont bien sûr les plus difficiles. Cumulable avec d’autres revenus, il augmente la capacité de négociation de chacun face à son employeur et élimine les effets de seuil.

Même s’il n’est pas une baguette magique qui résoudra tous les maux de l’humanité, le revenu de base est la condition sine qua non pour créer les conditions de leur résolution.

Car non seulement le revenu de base est souhaitable et nécessaire face aux évolutions sociétales actuelles, mais il est aussi réaliste et applicable dès aujourd’hui.

Plus que la question de son montant, différente selon les situations individuelles ou les choix géographiques, c’est la question du financement du revenu de base qu’il est intéressant d’explorer. Et les possibilités ne manquent pas ! Simplification du maquis d’aides sociales actuel, réforme de l’impôt sur le revenu ou de la taxe sur la consommation, mise en place d’une taxe écologique, réforme du système monétaire, taxe sur l’utilisation de ressources naturelles ou de produits polluants… Ces propositions peuvent se cumuler et se compléter, afin d’atteindre un revenu de base émancipateur pour chaque citoyen.

D’autre part, des étapes de mise en œuvre sont envisageables comme l’automatisation du RSA, la création d’une allocation universelle pour les jeunes, la mise en place d’un revenu de base pour les enfants… Autant de premiers pas concrets qui peuvent être réalisés dès aujourd’hui !
Loin d’être une utopie, le revenu de base est sans conteste la première des mesures pour remettre l’humain au cœur du XXIème siècle.

Le revenu de base inconditionnel, la protection sociale du XXIe siècle

Billet rédigé par :

Ralph KundigRalph Kundig

Président de BIEN-Suisse, coprésident de la Campagne suisse pour le revenu de base inconditionnel et membre fondateur de Génération RBI

BIEN-Suisse

Le monde du travail connaît une profonde mutation. Avec les progrès technologiques, nous produisons de plus en plus avec toujours moins de travail humain. Des machines dotées d’intelligence artificielle deviennent plus performantes, plus fiables et moins couteuses que des travailleurs. Alors que le niveau de chômage est déjà très préoccupant, des études indiquent qu’à l’horizon de 2035, près de la moitié des emplois actuels, même très qualifiés, auront disparu.

Une société de loisir où le travail serait accompli par des machines, n’est-ce pas ce dont rêvaient nos ancêtres ? Peut-être, mais ils n’avaient sans doute pas prévu que si les fruits du progrès n’étaient pas partagés, ils signifieraient une nouvelle précarité avec une pression à la baisse sur les salaires et une population mise en marge de l’emploi.

Le RBI s’impose aujourd’hui comme ce mécanisme de redistribution simple, efficace et socialement indispensable pour permettre le partage des bénéfices d’une production automatisée. Il répond aussi à un impératif économique, parce que les robots n’achètent pas encore leur production…

Excepté pour les bas revenus, le RBI ne représente pas plus d’argent que maintenant, mais remplace et garantit la part de revenu qui couvre les besoins fondamentaux. Il se finance donc par la réallocation de la part des salaires et des prestations sociales qu’il remplace, par les économies rendues possibles par la simplification administrative et par un prélèvement complémentaire sur le produit de l’activité économique.

Le RBI soulage les entreprises de leur responsabilité de faire vivre les gens ainsi que des réglementations reliées qui freinent leur dynamisme. Il décuple la productivité d’employés qui s’engagent librement plutôt que contraints par leur besoin de survie.

Pratiquement tout le monde préfère être actif plutôt qu’oisif, lorsqu’il n’y est pas forcé. Les bénévoles, les rentiers et même des millionnaires hyper actifs l’illustrent bien. Le montant du RBI ne couvrant que les besoins de base et étant cumulable avec d’autres revenus, la motivation économique à l’insertion professionnelle est stimulée et ne connaît pas l’effet de seuil des prestations sociales supplétives conventionnelles. Des expériences pilotes ont confirmé ces effets positifs sur l’activité.

Le développement d’un pays se mesure au niveau de vie de ses membres les moins favorisés. Le RBI est une innovation sociale adapté au progrès du XXIe siècle. Il permet de conjuguer sécurité avec liberté et établit un nouveau paradigme : nous ne travaillons plus pour vivre, mais vivons pour pouvoir actualiser notre créativité et accomplir plus.

LE « CONTRE »
Tribune de JM HarribeyTribune d'Alain Weinstadt

Le travail collectif et les revenus sont indissociables

Billet rédigé par :

Jean-Marie Harribey, un économiste contre le revenu de base incontionnelJean-Marie HARRIBEY

Économiste, Université de Bordeaux

Sur l’université de Bordeaux

Sur alternatives économiques

Le revenu d’existence (ou revenu inconditionnel) est considéré par certains comme une solution au chômage et à la pauvreté. Malheureusement, la plupart des partisans de ce revenu se placent peu ou prou dans l’hypothèse de la fin du travail et du plein emploi, voire du refus du travail car celui-ci ne serait pas un facteur d’intégration dans la société. Or, le travail est fondamentalement ambivalent, aliénant sous sa forme salariée car installé dans un rapport de subordination, mais porteur de reconnaissance sociale. De plus, le chômage n’est pas une fatalité mais le résultat d’un capitalisme très violent et inégalitaire qui a capté de plus en plus de valeur au détriment du travail.

La revendication d’inconditionnalité part du souci légitime que tout individu puisse vivre dignement. Et ses théoriciens disent que chacun pourrait se livrer à des activités libres et autonomes, qui seraient autant de richesses supplémentaires, sans avoir à subir l’emploi salarié. Or, toute activité doit être validée socialement pour qu’elle puisse être source de nouvelle valeur monétaire et non pas simplement de valeur d’usage individuelle, car la monnaie est une institution sociale et ne découle pas d’un acte personnel. Autrement dit, on ne peut confondre les activités privées et les activités validées collectivement, soit par le marché, soit par l’État, les collectivités locales ou les associations. L’activité d’un individu sans regard des autres n’a aucun sens économique et social. L’inconditionnalité souffre donc d’un contresens : un droit peut être inconditionnel, mais ce n’est pas ce droit qui engendre la valeur monétaire qui serait distribuée. On retrouve ici la faille de toutes les pseudo-théories économiques qui n’ont jamais accepté ni compris que seul le travail socialement validé était créateur de valeur, et qui glosent sur le miracle monétaire de la finance ou de la nature.

Les transformations du capitalisme actuel où les connaissances jouent un rôle décisif dans le processus de production n’invalident pas le lien indéfectible entre travail, valeur, validation sociale et revenu, au contraire. Mais elles rendent indispensable une forte réduction générale du temps de travail et des inégalités – d’autant plus dans une perspective écologiste – de telle sorte que tous les individus puissent s’insérer dans toutes les sphères de la société, dont celle où s’accomplit le travail collectif.

L’enjeu est crucial car les libéraux intelligents ont compris le parti que le patronat pouvait tirer d’un revenu inconditionnel qui serait donné par la collectivité, le dispensant ainsi de verser des salaires décents.

Face à cela, il convient de penser la transition : tant que le chômage n’a pas été éliminé, des revenus de transferts élevés doivent assurer la continuité du revenu, mais il faut cesser de croire en la génération spontanée de valeur qui naîtrait d’une inconditionnalité du droit.

Cela va créer un sentiment d’injustice

Billet rédigé par :

Intervenant masqué débat le DrencheAlain Weinstadt

Économiste et sociologue

Disons-le tout de suite ; d’un point de vue strictement technique, le revenu de base serait tout à fait réalisable.

La plupart des pays occidentaux ont un niveau d’aide sociale qui, une fois regroupées et majorées, pourraient s’apparenter à un revenu de base inconditionnel tel que défini par ses défenseurs.

Il faudrait cependant trouver de nouveaux financements, en augmentant la taxation des entreprises, par exemple, puisque c’est souvent le moyen que les gouvernements privilégient ces derniers temps.

Mais le point faible du revenu de base n’est pas technique. Il est sociologique.

S’il est mis en place, il provoquerait une onde de choc désastreuse. L’idée même qu’un individu pourrait vivre décemment sans avoir à travailler créerait un profond sentiment d’injustice pour ceux qui continuerait à travailler.

Regardez aujourd’hui le ressentiment que peuvent créer aujourd’hui les allocations familiales, RSA et aides sociales. Les « profiteurs » sont régulièrement décriés, montrés du doigt, mis au banc de la société. En cause ; le sentiment d’injustice basé sur le fait que la valeur créée par ceux qui travaillent sert à financer le quotidien d’autres qui ne travaillent pas. Le sentiment est naturel. La solidarité est un exercice nécessaire, mais difficile.

Avec le revenu de base, ce serait dix fois pire : le travail serait certainement plus lourdement taxé, et les revenus du travail seraient diminués, puisque censés amener seulement le superflu, le revenu de base amenant l’essentiel.

Cela amènerait la plupart des salariés à travailler autant qu’aujourd’hui pour un salaire moindre, avec en plus le sentiment d’injustice que leur travail sert à payer le revenu de ceux qui ne font rien. Les sociétés humaines sont ainsi faites depuis la nuit des temps : elles fonctionnent parce qu’elle reposent sur le sentiment que chacun est utile à la société dans son ensemble, et que chacun a le droit de profiter de la société parce que chacun y contribue par son action et son travail. Les sociétés actuelles ne sont qu’une forme élaborée de ce schéma primaire.

Or, le revenu de base viendrait pulvériser cet équilibre ancestral, en permettant à des individus de jouir des avantages de la société sans contribuer à son bon fonctionnement.

Il en ressortirait un sentiment profond d’injustice qui, dans une société démocratique, conduirait inévitablement à la suppression du revenu de base.

 

Photo : Wikimédia Commons

 

Poster un Commentaire

3 Commentaires sur "Revenu de base inconditionnel : est-ce réalisable ?"

Me notifier des
avatar
trackback

[…] Publication initiale dans Le Drenche : https://ledrenche.fr/2015/12/167-revenu-de-base-inconditionnel-est-ce-realisable/ […]

Besse
Invité

Le revenu inconditionnel ou de base est un cheval de Troie des forces de libéralisation financière de l’économie, au sens ou le dispositif finacé par l’impôt suppose des profits imposables (rarement) et des revenus imposés (toujours). Ils espèrent même pouvoir saisir cette opportunité (qui fascine beaucoup aujourd’hui tant les gouvernants que ceux au bord de la précarité) pour supprimer toutes les institutions du salariat la sécu, l’unedic la retraite par répartition,… »Généralisons donc la copropriété d’usage de tous les outils de travail par les salariés et suppression de la propriété lucrative (sans remettre en cause la propriété privée, intimement liée à la copropriété collective) , le salaire à vie avec limitation du salaire et la carrière salariale financée à 100% par cotisation, constitution d’une cotisation investissement remplaçant le crédit, une cotisation gratuité, et mesure de la valeur par la qualification des producteurs et non plus par le temps »

Jean Cendent
Invité
Plus de 11 millions de chômeurs en France …(1) Mais toujours LA PROMESSE : le plein emploi. (2) Depuis combien d’années, Oh ! Rien, à part les 40 dernières années. Au fait, personnellement je n’ai connu que ça. Ah ?… Mais, non ! Demain tout va changer. Vous croyiez ? Mais oui ! D’ailleurs Il n’y a pas vraiment de chômage de masse, de chômage structurel, de précarité structurelle, de pauvres en France. Non ! Tout est une question d’angle, de vision et de volonté. Ah ! Ça la volonté c’est primordiale c’est une méthode à vous Coué (3) des ailes dans le dos, la preuve ! La France est un pays riche. Euh ? Vous faites quoi exactement comme métier. Economiste surtout et de la politique un peu. Ah ! D’accord…Je descends en Avril, le 16 Chemin des Dames, Aux restaurants d’Emmaüs, la soupe est populaire. Et vous, c’est… Read more »
wpDiscuz