Pour ou Contre le foie gras ?

Numéro 1

S’informer

Qu'est-ce que le foie gras ?
Le foie gras est une spécialité culinaire à base de foie frais issu de l’élevage et de l’engraissement par gavage des oies et des canards.

Très prisé dans la culture gastronomique française et surtout pendant les fêtes de Noël, il se consomme cru, mi-cuit ou cuit, et peut être proposé sous forme de produit frais ou en conserve, consommé seul ou en accompagnement d’autres plats comme une viande.

Quelle est notre production et consommation actuelle en France et ailleurs ?

Historiquement, la consommation de foie gras proprement dit a été signalée pour la première fois dans la Rome antique.

Aujourd’hui la France est de loin le plus grand pays producteur et consommateur de foie gras, suivie par le reste de l’Europe, les États-Unis et la Chine.

Selon ConsoGlobe, 19 200 Tonnes de foie gras sont produites par an en France dont 97 % de foie gras de canard (en 2015). La zone du Sud-Ouest, réunissant Aquitaine, Limousin, Auvergne et Midi-Pyrénées, est à l’origine de  72 % de la production française de Foie Gras.

A côté de cela, 4.970 tonnes de foie partent à l’exportation.

Quant à notre consommation, un ménage français achète 657 g de oie gras/an dont 78 % de produit prêt à consommer…et celle-ci serait toujours en augmentation.

Pourquoi on en parle en ce moment ?

Aujourd’hui et depuis plusieurs années, des ONG et associations dénoncent la « cruauté » des pratiques du gavage des animaux qui selon elles nuisent au bien-être animal.

Du fait des controverses sur le gavage des animaux, plusieurs pays ou juridictions ont promulgué des lois contre la production ou la commercialisation de foie gras sous la pression de ces associations. Ce fut ainsi le cas pour la Pologne, l’Inde, l’Etat de Californie ou encore la ville de Sao Palo.

Quant à la France, des associations comme L214 ont plusieurs fois interpellé les ministres de l’agriculture française pour renoncer à sa production et son exportation. Cependant, ces derniers continuent de défendre ce produit dit « d’excellence française ». La loi française reconnait d’ailleurs que « le foie gras fait partie du patrimoine culturel et gastronomique protégé en France ».

Alors POUR ou CONTRE ?

Numéro 2

Se positionner

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

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LE « POUR »

Le gavage reproduit une aptitude naturelle des canards et des oies

Billet rédigé par :

Marie Pierre Pé

Directrice du Comité Interprofessionnel des Palmipèdes à Foie Gras (CIFOG)
http://lefoiegras.fr/

Le Foie Gras est un mets d’exception, consommé par 93 % des Français et qui tient une place bien particulière dans leur cœur : 96 % s’accordent à dire que « Le Foie Gras fait partie du patrimoine gastronomique français » et 89 % que « Le Foie Gras participe au rayonnement de l’art de vivre et de la culture gastronomique française dans le monde. » Ils sont près de 8 sur 10 (78 %) à faire confiance dans son mode de production. (Source : CSA novembre 2017)

Depuis plus de 20 ans, plusieurs études indépendantes ont été réalisées afin d’évaluer l’impact du gavage sur le bien-être des canards et des oies.

Premièrement, le gavage reproduit un phénomène naturel réversible

Le gavage consiste à remplir le jabot du canard, ou de l’oie, d’une quantité croissante et adaptée de maïs mélangé à de l’eau. Dans la nature, cette « poche anatomique » permet aux oiseaux de stocker rapidement une grosse quantité de nourriture, qui constituera une réserve de nourriture pour rapporter la becquée à leurs oisillons ou se transformera en réserve énergétique avant d’engager des vols migratoires.

Pour remplir le jabot, le gaveur utilise un tube, appelé embuc, qu’il introduit d’un geste sûr et précis dans le bec puis l’œsophage : chez l’oie ou le canard, l’œsophage est un tissu élastique, contrairement à celui de l’Homme, qui est cartilagineux. Une transposition anthropomorphique de cette phase serait donc une erreur. L’embucquage ne dure en moyenne que 4 à 6 secondes. Un canard reçoit ainsi deux repas par jour ; une oie, trois fois. Les quantités sont adaptées par l’éleveur en fonction du rythme de digestion de l’animal.

Il faut préciser que la phase de gavage est précédée d’une période de préparation durant laquelle l’animal est nourri à volonté, une seule fois par jour. Le canard s’adapte instinctivement à cette situation en ingérant une grosse quantité de maïs à chaque prise alimentaire, comme il le ferait dans la nature. Cette étape de pré-gavage développe le jabot, stimule les fonctions digestives et initie le processus d’engraissement du foie.

Deuxièmement, les éleveurs prennent soin de leurs animaux  

Les canards ne sont pas effrayés par le gavage. Il n’y a pas d’augmentation des comportements associés à l’état de stress. Par ailleurs, le taux sanguin de corticostérone – une hormone liée au stress – n’augmente pas durant la période de gavage. Plusieurs études [1] ont ainsi confirmé que le gavage ne perturbe pas plus les palmipèdes que le fait de les attraper ou de les emmener s’abriter, manœuvres courantes dans tous les élevages[2][3]

Troisièmement, la viabilité économique des élevages dépend du respect des animaux

Pour obtenir de bons produits, les animaux doivent être respectés : les producteurs de foie gras ne peuvent se permettre de perdre des animaux qu’ils ont achetés, élevés et soignés, sous peine de mettre économiquement en péril leurs exploitations. C’est pourquoi les canards et les oies sont particulièrement surveillés et protégés durant toute la période de gavage et que leur bien-être est un souci permanent pour les producteurs de foie gras.

[1]  Faure JM, Guy G, Guémené D, Noirault J, Destombes N, Garreau-Mills M. Behavioural and physical response to ACTH injections, force-feeding procedure and various potential source of stress in male mule ducks. 1998 ; July 21-25th Congress of International Society for Applied Ethology. Clermont-Ferrand. France.
[2]  Faure J-M, Guémené D, Guy G, et al. Is there avoidance of the force feeding procedure in ducks and geese ? Anim Res. 2001 ; 50 : 157–164.
[3] Guémené D, Guy G, Noirault J, et al. Force-feeding procedure and physiological indicators of stress in male mule ducks. Br Poult Sci 2001;42:650-657.

LE « CONTRE »

Bannissons le foie gras de nos assiettes !

Billet rédigé par :

Barbara Boyer

Porte-parole de L214
http://www.L214.com

Présenté comme un mets de luxe, le foie gras n’a pourtant rien de glamour. En réalité, c’est même le seul produit pour lequel on rend volontairement malade un animal afin d’en manger un organe.

Car on ne peut pas parler de foie gras sans parler de gavage, cette pratique qui consiste à faire avaler de force à des canards ou à des oies de très importantes quantités de nourriture pendant 10 jours à trois semaines.

Le foie, sursollicité par un apport massif de graisses, grossit alors à une vitesse folle pour atteindre jusqu’à dix fois sa taille normale. Cette maladie porte le nom de “stéatose hépatique”. Mais l’euphémisme “foie gras” est nettement plus vendeur.

Les oiseaux cherchent désespérément à fuir

En France, chaque année, plus de 66 millions de canetons et quelque 700 000 oisons naissent pour la seule production de foie gras. Une grande partie d’entre eux ne passeront pas la porte des couvoirs et finiront broyés ou gazés : les canes, dont le foie est plus petit et trop nervé, sont éliminées quelques heures après leur naissance. Les mâles passeront 80 jours en élevage avant d’être envoyés au gavage.

Pour gaver les canards et les oies, on enfonce un embuc directement jusqu’au jabot [1] de l’animal. Dans près de 90 % des élevages, le gavage est réalisé de manière industrielle, à l’aide d’une pompe hydraulique ou pneumatique. Dans le système digestif de l’oiseau, il peut être propulsé… jusqu’à 1 kg de nourriture en moins de 3 secondes, et ce deux à trois fois par jour !

Contrairement à ce que les éleveurs voudraient nous faire croire en arguant de leur gloutonnerie naturelle, les oiseaux cherchent désespérément à fuir.

Une pratique tellement cruelle

Les images [2] montrent des canards enfermés en cage, pris de halètements et de diarrhées, peinant à respirer tant le foie comprime leurs autres organes.

C’est une pratique tellement cruelle qu’elle est interdite dans tous les pays européens sauf  cinq dont la France fait malheureusement partie [3].

Loin d’être indispensable à nos fêtes de fin d’année, le foie gras est de plus en plus boudé par les Français : sa consommation est en baisse depuis 6 ans (de 22 % en 2016) [4].

Selon un sondage de novembre 2017 [5], 58 % des Français sont favorables à l’interdiction du gavage des canards et des oies dans la production de foie gras et plus d’un tiers d’entre eux (37 %) refusent d’en acheter pour des raisons éthiques liées à la souffrance animale.

La fin du gavage n’est plus très loin. Nous pouvons nous passer complètement de ce produit issu de grandes souffrances pour les oiseaux et nous tourner vers les nombreuses alternatives végétales qui s’offrent à nous. Bannissons le foie gras de nos assiettes !

[1] Le jabot est une poche, de taille variable selon les espèces, formée par un renflement dans l’oesophage qui permet aux aliments d’être stockés avant de pénétrer dans l’estomac.

[2] https://youtu.be/Fw_eIZMa_uA

[3] https://stop-foie-gras.com/illegalite

[4] http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/conjsynt310201707avic.pdf

[5] https://visuels.l214.com/sites/www.l214.com/2017/pages/foie-gras/sondage-YouGov-L214-21112017.pdf

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9 Commentaires

Ajoutez un argument POUR
    Ajoutez un argument CONTRE
  • personne n aimerait être torturé à mort car nous resentons la douleur etc
    il en est de même pour les animaux (sentients)

    des alternatives sont possibles, il ne faut pas avoir peur d essayer quelques produits par ci par là pour changer sa vision gustative des produits

  • Ah les arguments bidons du CIFOG… « les éleveurs ne peuvent pas se permettre de perdre les animaux qu’ils ont achetés, élevés et soignés ». Il y a quand même un rapport de la commission européenne de 1998 qui rapporte des taux de mortalité 10 à 20 fois plus élevés en gavage qu’en période d’élevage normal Mme Pé !

    D’autre part, je m’étais renseignée, et ce qu’elle dit sur le taux de cortisol des oies et des canards qui ne varie pas est aussi un habile tour de passe-passe : j’ai lu un rapport de plusieurs centaines de pages sur le sujet par le comité stop foie gras : en vérité le cortisol est synthétisé par le foie, organe qui est bien évidemment gravement perturbé dans ses fonctions au moment du gavage. C’est le gavage lui-même qui inhibe la production de cortisol, mais cela ne veut pas dire que les animaux ne souffrent pas, il suffit de voir leurs comportements d’évitement et d’affolement à l’approche des gaveurs. Et si les oies et canards ne fuient pas le gavage, pouvez-vous m’expliquer, Mme Pé, et vos éminents collègues du CIFOG, pourquoi les éleveurs éprouvent le besoin de les enfermer dans d’affreuses cages immobilisantes individuelles ? Et s’il s’agit d’un processus naturel, pourquoi leur injecter cette nourriture avec une pompe pneumatique dans le gosier au lieu de les laisser se gaver tous seuls ? Vous viendrait-il à l’esprit d’en faire autant sur votre propre personne avec un entonnoir ? Soyons honnêtes, le bien-être des animaux et le plaisir des Français vous tient bien moins à cœur que les millions d’euros de profit que suscite cette activité fort cruelle.

  • Totalement contre cette ignominie. Arguments honteux de la part du CIFOG, par contre j’regrette un peu certaines tournures de phrases et réf ds l’argument de L214 : « tous les pays européens sauf 5 » c’est un peu gros, 22 sur 27 c’est pas « tous les pays ». Et la baisse de conso de 22% en 2016 est qd même largement dù à la grippe aviaire non?

  • Aucune des deux n’a d’études pour étayer de manière scientifique donc les deux peuvent dire n’importe quoi .
    Les 2 servent a rien .

  • J’ai un doute cependant: les envies des français. Il y a des chiffres contradictoires qui sont donnés ici.
    C’est bizarre que le lien des chiffres cités en début d’argumentaire du « pour », c’est à dire le sondage CSA novembre 2017, ne soit pas mis. Alors que d’autres liens d’études sont données par ce même « pour ». C’est un peu facile sinon…
    En ce qui concerne le « contre », il faudrait une étude insee ou ifop ou ipsos (bref des gens dont c’est le métier de faire des sondages) plutôt qu’une étude yougov puisque c’est un outil « moderne » dont l’usage biaise forcément dans l’échantillonnage des sondés à mon avis (je me trompe peut être). Même s’ils ont le mérite citer les chiffres Agreste et ça mériterait un peu plus d’analyse que « la consommation est en baisse depuis 6 ans » puisque c’est faux selon l’étude Agreste qu’ils citent (page 3 de l’étude). Il y a eu une hausse en 2013. Et visiblement la consommation sur les 20 dernières années est en dent de scie donc bon… Et pour enfoncer le clou, la baisse de 2016 de 22% est lié à une crise de grippe aviaire. Rien à voir avec la volonté du consommateur qui « bouderait » le foie gras.
    Pour rassurer les détracteurs, je suis contre le foie gras par principe. En revanche, les données chiffrées ne semblent pas sérieuses ici.