Cinéma : le dernier film d’Albert Dupontel, Adieu les cons, est-il une réussite ?

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📋 Le contexte 📋

Adieu les cons suit les aventures de Suze Trappet, une coiffeuse âgée de 43 ans qui apprend qu’elle est sérieusement malade à cause des produits qu’elle utilise dans son salon. Elle décide alors de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser JB, un quinquagénaire en plein burn out, et M. Blin, un archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable.

Genre : Drame, Comédie

Réalisateur : Albert Dupontel

Avec (entre autre) : Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié

Durée : 87 minutes

Sortie : 21 octobre 2020

Les plus fins observateurs l’auront sans doute remarqué : la chanteuse Mylène Farmer est remerciée dans le générique de fin du film. Pourquoi ? Eh bien parce qu’elle a permis à Albert Dupontel de le mettre en relation avec le musicien qu’il souhaitait solliciter pour enregistrer la musique du film !

🕵 Le débat des experts 🕵

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Le « Pour »
Paul Pinault
Critique pour Ciné Maccro
Le juste équilibre des tons

Après son Au revoir là-haut qui embrassait avec brio une dimension historique et dramatique du plus bel effet tout en laissant légèrement de côté la fougue de ses débuts, Dupontel revient avec Adieu les cons, mélodrame qui tente de faire la jonction entre ses deux approches distinctes. En suivant la folle échappée de trois marginaux condamnés, l’auteur adopte à nouveau le regard acide dont il faisait preuve avec Enfermés dehors ou encore Huit mois fermes et renoue avec sa récente sagesse. La brutalité de ces premières œuvres s’atténue ainsi et laisse plus de place à une forme de naïveté touchante et désespérée, qui rapproche constamment cet Adieu à un conte pour enfants.

Désormais, Dupontel semble plus enclin à filmer l’amour perdu ou refoulé de ses trois héros qu’à critiquer sévèrement le monde qui l’entoure et c’est donc avec un regard résigné, profondément nihiliste, mais aussi parfois peu subtil que sont dépeintes toutes ces émotions intenses et ces institutions avides de profit. Même sa mise en scène semble emprise d’un tourment perpétuel. En abandonnant partiellement le mouvement qui caractérisait en partie son style, le cinéaste embrasse intelligemment le propos de cet Adieu aux cons et enferme son trio par tous les moyens possibles. Les plongées, fonds verts et autres éclairages artificiels cohabitent ainsi main dans la main pour bâtir un environnement mal-aimable, où résonne la mélancolie ainsi que les faux-semblants et duquel les quelques envolées lyriques tentent de briser la monotonie du quotidien.

Dupontel orchestre ainsi un numéro d’équilibriste plutôt réussi : celui de jongler constamment entre une fatalité inéluctable et un humour pince-sans-rire. Force est de constater que l’œuvre parvient la plupart du temps à conserver cette harmonie fragile, même si elle occasionne de nombreux raccourcis narratifs au cours de 87 minutes précipitées et qu’elle trouve ses limites dans un dernier acte bancal. Les défauts y sont donc nombreux, mais pourtant, Adieu les cons s’élève aisément au-dessus de ces derniers et devient à l’image des Hommes qu’il met en images : perfectible, certes, mais profondément humain.

Le « Contre »
Antoine Cassé
Critique pour Ciné Maccro
Des limites de l'intention

Trois ans après l’auréolé ​Au revoir là-haut,​ Albert Dupontel revient en salles avec ​Adieu les cons,​ dans un costume de sauveteur populaire du cinéma français en ces temps de crise. Un costume qui ne semble pourtant ne pas scier à un cinéaste qui, par le passé, a souvent semblé vouloir prendre le contre-pied des attentes. Toujours avec succès ?

Dire qu’​Adieu les cons est mauvais serait malhonnête. Le film est indéniablement une nouvelle preuve du savoir-faire de Dupontel. Le souci ici ne réside peut-être intrinsèquement dans le film : cela est supérieur, la démonstration que les intentions ne font pas le film. L’ambition d’​Adieu les cons est présente dans toutes les scènes, tous les plans, tous les dialogues : celle d’être en quelque sorte un film somme, schizophrène entre ces genres, généreux dans son cinéma. Dupontel ne s’interdit rien, et c’est peut-être là que réside le problème : le film ne sait pas sur quel pied danser, et le spectateur avec lui.

On sent dans cette course poursuite après la vie toute la rage qui anime Dupontel : mais à trop vouloir bien faire, ​Adieu les cons se prend les pieds dans le tapis. A peine a-t-on le temps de se rendre que le film est lancé que l’on se retrouve au milieu de la mêlée : à confondre vitesse et précipitation, Dupontel impose paradoxalement un frein à ses ambitions, et nous fait légitimement penser que le film aurait gagné à se voir rallonger quelque peu. Le film manque par moments de cette consistance et de cette finesse qui fait la saveur des grandes oeuvres ; au contraire, les facilités perturbent la progression dans nos esprits, si bien que le dernier acte, déjà quelque peu tarabiscoté, nous donne une malheureuse sensation de factice.

Certes, le film évoque de manière toute l’absurdité de notre monde où l’humain est mis en retrait (le set design et les effets spéciaux jouent merveilleusement en ce sens), bien aidé par un trio d’acteurs génial : mais en se focalisant sur sa volonté de brulôt social, Dupontel oublie de connecter tout ce qu’il faut pour vraiment réussir son film et marquer durablement les consciences. Si le message passe, la forme, elle, nous laisse dubitatif ; et au lieu de célébrer le grand film rassembleur qu’​Adieu les cons aurait pu être, nous avons surtout une sensation d’occasion manquée. Dommage.

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