Faut-il un statut pour la « première dame » ?

Les époux et épouses des chefs d'Etat pendant le G20 en 2017.

Numéro 1

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En quoi consiste le rôle de première dame actuellement ?
Et concrètement, un statut ça changerait quoi ?
Pourquoi on en parle en ce moment ?

Numéro 2

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Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

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LE « POUR »

Clarifier le rôle de la Première Dame pour en finir avec l’hypocrisie

Billet rédigé par :

Pacôme Rupin

Député de la 7ème circonscription de Paris, Vice-Président du groupe La République En Marche à l’Assemblée Nationale
http://www.pacomerupin.fr

Clarifier le rôle de l’épouse du Chef de l’Etat ne fait pas d’elle un vice-Président de la République. C’est mettre fin à des décennies d’opacité, d’abus ou d’hypocrisies, et surtout délimiter une action positive et tournée vers l’intérêt général.

Clarifier ce rôle, c’est regarder le passé, l’assumer, et le dépasser. Il a toujours existé, avec des situations très variables. Yvonne De Gaulle et Claude Pompidou étaient discrètes politiquement, mais incarnaient un conseil permanent pour le Président. Anne-Aymone Giscard d’Estaing, présente médiatiquement, recevait ponctuellement les femmes du gouvernement et travaillait pour sa fondation en faveur des enfants maltraités. Danielle Mitterrand (France Libertés) et Bernadette Chirac (Opération « Pièces Jaunes ») ont accentué l’action militante ou caritative. Les moyens et les thèmes d’action des Premières Dames ont toujours été l’objet d’un certain flou, dans une atmosphère hypocrite : elles n’ont jamais disposé de statut particulier, cependant elles utilisaient des moyens humains (collaborateurs, garde du corps) et logistiques (bureaux à l’Elysée) sans que les Français puissent connaitre le budget que ceux-ci nécessitaient. Bernadette Chirac a eu jusqu’à dix-huit collaborateurs, Carla Bruni-Sarkozy huit. Au sujet de Valérie Trierweiller, il a fallu une question écrite au gouvernement pour comprendre que les cinq collaborateurs qui lui étaient attribués coûtaient près de 20 000€ bruts par mois. Ces moyens seront d’ailleurs inférieurs pour Brigitte Macron, dans le respect des finances publiques : elle s’entoure de 3 collaborateurs (deux conseillers présidentiels détachés et une secrétaire). La publication de cette charte permet de combler un vide vieux de plus d’un demi-siècle : alors même que ces Premières Dames ont un rôle public et que leur action a un coût induit, aucune loi ni texte n’a même tenté de circonscrire le sujet.

Clarifier ce rôle, c’est clairement définir une action symbolique et multiple et mettre fin aux ambiguïtés. Ce rôle est d’abord national, qu’il s’agisse d’actions culturelles, caritatives, sociales, de lutte contre les inégalités… Ces activités ont une portée symbolique qui compte pour nos concitoyens, et permettent de véhiculer des messages sociétaux d’une réelle importance. Au cours de ce quinquennat, Brigitte Macron s’engage dans la lutte contre les exclusions liées au handicap, à l’éducation et à la maladie. Ensuite, la Première Dame (ou peut-être demain le Premier Monsieur !) est bien entendu quotidiennement sollicitée par les citoyens pour des questions, des demandes ou des doléances. Serait-il juste de ne pas les traiter ou de ne pas se mobiliser pour y répondre, sous prétexte que la Première Dame n’est pas le Président, n’a pas été élue, et ne devrait avoir aucun moyen d’action ? Enfin, que ce soit en tant qu’épouse ou de son propre chef, elle peut avoir un impact international et diplomatique non négligeable.

Clarifier ce rôle, c’est s’inspirer de modèles qui fonctionnent. Aux Etats-Unis par exemple, la loi du 2 novembre 1978 promulguée sous la présidence de Jimmy Carter attribue à la femme du chef de l’État une équipe de douze personnes et un chef de cabinet pour l’aider dans sa fonction.

D’aucuns arguent que ce rôle irait en contradiction l’interdiction des emplois familiaux. Tout d’abord, être l’épouse du Chef de l’Etat est sans commune mesure avec le fait d’être l’épouse d’un Député. Qu’il s’agisse de la publicité du rôle, de l’importance qu’elle a du point de vue diplomatique, de l’accompagnement du Président dans ses déplacements et ses interventions officielles… La comparaison est absurde. Les emplois familiaux ont été supprimés à la suite de nombreuses « affaires », qui alimentaient les soupçons d’emplois fictifs ou d’enrichissement d’un foyer. Où se trouve la comparaison, lorsque l’on lit une charte qui ne prévoit ni rémunération, ni budget supplémentaire par rapport à l’existant ? Où se trouve la comparaison, alors que cette charte prévoit une transparence totale sur l’agenda, les actions et les dépenses, le tout sous contrôle strict de la Cour des Comptes ?

Brigitte et Emmanuel Macron ont pris conjointement un engagement qui les honore et n’implique aucunement leurs éventuels successeurs. Rétablir la confiance dans la vie politique, c’est aussi rétablir la transparence de l’action du ou de la conjoint(e) du Chef de l’Etat.

LE « CONTRE »

Contre un statut officiel de « première dame », fin des privilèges monarchiques.

Billet rédigé par :

Thierry Paul Valette

Président-fondateur du mouvement politique de l’Egalité nationale, porte parole du club Géopolitique.
http://www.egalitenationale.com

Emmanuel Macron avait promis avant son arrivée au pouvoir un statut officiel de première dame pour son épouse Brigitte. Mais cela aurait été antidémocratique et anticonstitutionnel.

En France comme l’exige la constitution on élit une personne et non un couple. Nous ne sommes plus sous l’Ancien Régime ou l’épouse d’un roi avait une fonction de fait publique voire politique. Avec l’avènement de la République l’idée de donner un statut politique à une épouse est devenue inenvisageable. Cela nous renverrait donc au passé monarchique de la France.

Le terme de « première dame » reste archaïque et ne rend nullement service à la cause féminine. En effet un rôle de par un statut parce que « femme de… » est un bond en arrière pour les combats gagnés jusqu’ici et de la condition de la femme en règle générale.

Mettant en avant le modèle Américain pour la création de ce statut, les partisans du « pour » en ont oublié que la France est capable de choisir le modèle qui lui convient.

D’ailleurs dans les autres pays, notamment en Europe, cette question ne se pose pas. C’est le cas en Allemagne ou le mari de la chancelière n’est pas une personne publique. Très peu connaissent son nom.

Outre ces aspects de choix de société, nous ne devons pas oublier que nous sommes dans une ère de   moralisation de la vie politique française. Dans ce cadre les députés et sénateurs n’ont plus le droit de missionner leurs épouses dans le cadre de leurs mandats. Le principe étant de ne pas entacher la probité des élus. Il y aurait donc deux poids deux mesures avec un tel statut.

Ces pratiques républicaines sont des coutumes d’une autre époque.

Le passé des autres Présidents ne peut être un véritable argument du « pour. » Le Président est un élu et sa fonction ne le met pas au-dessus des lois. C’est une question d’ordre moral.

Finalement le Président a préféré une charte de transparence. Seul le vocabulaire a changé mais il ne s’agit là que d’un trompe l’oeil d’une activité à caractère public, politique exercée par « une femme de » : celle du Président.  Dès lors, préciser les fonctions de Madame Macron revient à lui donner une existence politique.

N’est-ce pas un emploi familial non rémunéré ?

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1 Commentaire sur "Faut-il un statut pour la « première dame » ?"

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Cédric
Invité

Et si la première Dame était un homme ?

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