La pilule contraceptive a-t-elle fait son temps ?

Numéro 1

S’informer

La pilule contraceptive, c'est quoi ?
La pilule contraceptive ou contraception orale est un mode de contraception hormonal féminin.

Elle se présente sous la forme de comprimés à prise quotidienne (soit sur 21 jours ou 28 jours). On en distingue deux types :

  • la pilule combinée, qui contient deux dérivés de l’œstrogène et de la progestérone
  •  la pilule progestative, qui ne contient que le progestatif

Il ne faut pas la confondre avec la pilule du lendemain qui est un mode de contraception d’urgence permettant de prévenir une grossesse non désirée après un rapport sexuel non protégé. Par ailleurs, la pilule contraceptive ne protège pas du tout contre les infections sexuellement transmissibles (IST), contrairement aux préservatifs.

D'où vient-elle ?

Le premier prototype de pilule apparaît en 1951 à Mexico. Après de nombreux essais, son efficacité est prouvée en 1954 à Porto Rico : il stoppe l’ovulation. Elle est alors commercialisée aux Etats Unis dans les années 1960. Margaret Sanger, Katherine McCormick et Grégory Pincus seront les principaux acteurs de son expansion.

En Europe, c’est la Grande Bretagne qui ouvrit le bal de sa commercialisation.

Qu'en est-il de sa légalisation en France ? Quel usage aujourd'hui ?

La France va commencer par refuser cette légalisation de la contraception entraînant ainsi l’ouverture de centres de planification familiale clandestins et l’importation de pilules de l’étranger.

Puis, grâce à l’impulsion du député Lucien Neuwirth, la loi du 27 décembre 1967 relative à la régulation des naissances autorise la vente des produits contraceptifs en pharmacie. La loi s’accompagna également de l’instauration des établissements de planning familial.

Aujourd’hui, la pilule contraceptive reste le moyen de contraception le plus utilisé en France (plus de 40 % d’utilisation dans les années 2000) devant le stérilet et le préservatif. Une femme de 15-49 ans sur deux l’utilise. Pourtant, depuis les années 2010 son usage en France a fortement baissé au profit du stérilet, qui reste le premier choix contraceptif au niveau mondial.

Pourquoi on en parle en ce moment ?
Comme nous l’avons dit ci-dessus, depuis plusieurs années, les femmes choisissent de moins en moins la pilule. A côté de cela, plusieurs enquêtes et polémiques ont vu le jour sur ses effets secondaires négatifs sur la santé des femmes mais aussi sur son impact sur l’environnement.

Pourtant, l’usage de la pilule est aussi conseillé pour ses effets secondaires positifs et dans le cas de troubles particuliers.

Autant de raisons qui confirment la nécessité de débattre de son actualité.

Numéro 2

Se positionner

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

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LE « POUR »

Faire face aux nouveaux défis contraceptifs

Billet rédigé par :

Sabrina Debusquat

Journaliste indépendante spécialiste de la santé des femmes, animatrice à Radio France, féministe
http://jarretelapilule.fr

À l’heure où l’on interdit le bisphénol A dans les boîtes de conserve, des millions de femmes en parfaite santé ingèrent des molécules similaires mille fois plus puissantes : celles de la pilule. Pourtant, aujourd’hui encore, la moindre critique envers la pilule est immédiatement réprimée par réflexe pavlovien. Or savoir, c’est pouvoir.

Savoir que la pilule est un puissant perturbateur endocrinien qui a certainement bien plus d’effets qu’on ne l’imagine, c’est pouvoir commencer à réfléchir à d’autres solutions pour que les femmes n’aient pas à altérer leur santé ou à prendre un risque, même minime, pour assumer la charge contraceptive. Savoir que la science et les études qui étudient l’impact des hormones synthétiques atteignent des limites techniques et sont gangrenées par les conflits d’intérêts c’est pouvoir demander le financement sain d’une recherche vouée à mieux protéger les citoyens. Savoir que la plupart des femmes arrêtent la pilule à cause d’effets secondaires bien concrets et que cela n’a rien à voir avec une quelconque « défiance », « peur irrationnelle » ou « mode bobo-écolo », c’est comprendre qu’il s’agit du choix d’êtres intelligents qui n’ont pas à recevoir de leçons paternalistes sur ce qu’elles devraient faire pour leur corps.

Savoir que les hormones de la pilule sont rejetées dans les eaux usées via nos urines et perturbent gravement la faune pour revenir ensuite dans l’eau du robinet, c’est pouvoir commencer à agir sur le phénomène. Savoir que les hormones de la pilule se stockent dans les graisses des femmes et qu’elles peuvent atteindre le fœtus durant la grossesse, c’est pouvoir demander dès maintenant des réponses claires pour protéger nos enfants. Savoir que la pilule peut-être à l’origine d’une perte de libido ou d’une dépression, c’est pouvoir éviter d’en souffrir des années en croyant que c’est « dans notre tête ». Savoir que des contraceptions efficaces et sans effets secondaires existent, c’est pouvoir faire un réel choix. Savoir tout cela, c’est commencer à chercher des solutions pour relever le défi d’une contraception efficace, sans risques pour la santé, non polluante et égalitaire.

Ceux qui se sont battus pour la pilule ne doivent pas en faire un nouveau conservatisme ni croire que les nouvelles générations leur crachent au visage. Ces générations s’adaptent tout simplement à des réalités nouvelles. Il ne tient qu’à nous de nous allier pour que les utopies d’aujourd’hui deviennent la réalité de demain. Comme l’ont fait avant nous nos parents et grands-parents.

LE « CONTRE »

La pilule contraceptive contribue encore aujourd’hui à la libération de la femme

Billet rédigé par :

Bernard Hedon

Professeur de Gynécologie-Obstétrique (Faculté de Médecine et Université de Montpellier)
http://www.cngof.fr/

Plus de 50 ans après ce qui a été accueilli comme une avancée majeure pour la « libération de la femme », se poser cette question a quelque chose d’un peu iconoclaste. Mais le monde change et l’expérience acquise avec l’usage de ce contraceptif, ainsi que la multiplication des moyens contraceptifs autres, peuvent amener à se la poser.

La réponse médicale n’est sûrement pas d’abonder dans le sens de la défiance qui a été instillée dans notre pays par les médias qui ont relayé à l’excès et de façon dommageable des affaires juridiques, qui ont d’ailleurs depuis été déboutées. La pilule contraceptive est un médicament qui, comme tout produit répondant à cette définition, a des contre-indications qu’il faut respecter et une balance Bénéfices/Risques qui doit être appréciée à chaque prescription. In fine, c’est la patiente elle-même qui est la mieux placée pour savoir si la pilule contraceptive est adaptée à son cas personnel et prend la décision de l’utiliser.

Les bénéfices potentiels de la pilule sont nombreux. Au-delà de son action contraceptive remarquable, la pilule a aussi de nombreux effets secondaires potentiellement bénéfiques tels que : régularisation du cycle, diminution du volume des règles, amélioration d’une éventuelle dysménorrhée, d’un syndrome prémenstruel, de migraines cataméniales, …) La liste est longue, même si, en regard, les détracteurs de la pilule peuvent rédiger une liste toute aussi longue d’effets secondaires néfastes. C’est pour cela que la réponse à la question posée ne peut être qu’une réponse individuelle, en fonction de la façon dont chaque patiente tire bénéfice ou non de son usage.

Quant aux risques majeurs, bien sûr qu’ils existent. Mais d’une part ils sont évités pour l’essentiel par le respect des règles de prescription et le soin attentif porté à la recherche des facteurs de risque et des antécédents de la patiente. D’autre part ils sont très inférieurs aux risques de la grossesse elle-même ou inhérents à des modes de vie choisis et assumés, notamment le tabagisme.

Prescrite dans le respect des règles, et notamment en prenant soin de rechercher les facteurs de risque et les antécédents de la patiente, la pilule contraceptive continue à occuper une place éminente pour la prévention des grossesses non désirées et pour l’épanouissement d’une vie sexuelle maitrisée.

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3 Commentaires

image user Ajoutez un argument POUR Argument POURPOUR
  • Contrairement aux dires du Dct Hedon, la pilule n'a pas libéré la femme, bien au contraire. Ce combat voulu par les "féministes rouges" a contraint la femme. Je m'explique : D'une part elle a chargé inutilement en produit chimique la femme, avec toutes les conséquences que cela implique. Demander à quelqu'un de prendre des médicaments chaque jour durant 40 ans, comment une telle idée à pu germer au sein de cerveau humain ? Ensuite, là où la femme avait une maîtrise de la relation homme/femme, c'est elle qui menait la danse durant des siècles, "mon ami si vous souhaitez coucher avec moi il va falloir s'engager...", elle a to...Lire la suite

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  • "La pilule est un puissant perturbateur endocrinien" : j'ai éclaté de rire à ce moment là, c'est à dire dès le début de ma lecture. J'ai un scoop pour l'auteur : par définition toute hormone a une influence sur le système endocrinien, c'est un petit peu leur but ! Si on va par là, alors le foie est un "perturbateur endocrinien", le rein est un "perturbateur endocrinien". Et même le soleil, l'eau, le sel et le sucre sont des "perturbateurs endocriniens". Le cycle féminin passe sont temps à "perturber" le système hormonal, bien plus que la pilule... Le terme "perturbateur endocrinien" popularisé par les média et qui fe...Lire la suite

    • Cher Julien, la pilule, comme tout médicament hormonal synthétique est de fait un perturbateur endocrinien (de même effectivement que certains produits naturels comme le soja) mais il n'est pas aussi "soft" que "le soleil" si l'on va jusqu'au bout de votre réflexion. Ce que dénonce cette journaliste c'est justement l'impact de ces substances chimiques (qui est loin d'être neutre (cf.les points qu'elle soulève sur l'impact sur le foetus des mères ayant conçu post-pilule ou sur la faune dans l'environnement). Cela nous concerne tous, cela revient dans l'eau de notre robinet et contamine notre environnement, ce sont des molécules synth...Lire la suite