autoroute avec des faisceaux de lumière

Environnement : Pour ou contre la limitation à 110 km/h sur les autoroutes ?

📋  Le contexte  📋

Le 20 juin, la Convention citoyenne pour le Climat a rendu ses propositions au gouvernement. Cette convention était composée de 150 citoyens – tirés au sort et représentatifs de la société française – qui devaient soumettre des solutions pour réduire les gaz à effet de serre. Parmi les mesures proposées, une a fait débat. Il s’agissait de réduire la vitesse maximale sur les autoroutes à 110 km/h, contre 130 km/h actuellement.

Pourtant, ce n’est pas la première fois que cette mesure est discutée. En 2007, le Grenelle de l’environnement avait déjà penché sur la question sans qu’une décision ne soit prise.

Par ailleurs, la limitation à 110 km/h sur les autoroutes – ou sur voies rapides – est déjà en vigueur dans certains pays (Royaume-Uni, Estonie, Malte). D’autres pays ont fait le choix de la réduire à 100 voire 90 km/h (ex : Norvège).

En 2018, le gouvernement avait pris la décision de réduire la vitesse sur les routes à 80 km/h. Cette mesure avait été mal accueillie et avait suscité de vives réactions. Cette proposition des 110km/h sur les autoroutes réveille ainsi les anciens débats.

D’ailleurs, selon le sondage Elabe (Réseau Action Climat), ⅔ des Français seraient opposés à une baisse de la vitesse sur les autoroutes.

Source : Huffington post

Face à cette opposition, le 29 juin, le président Emmanuel Macron a décidé de ne pas mettre en place cette mesure expliquant : « Jamais la transition écologique ne doit se faire au détriment des communes, des régions les plus enclavées. C’est une des raisons pour lesquelles je crois qu’il faut reporter le débat sur les 110 km/h […] J’en comprends l’objectif, mais pour que ça marche, il ne faut pas stigmatiser et diviser les gens. »

Pourtant, et bien que le gouvernement ait décliné cette proposition, cette mesure continue de faire débat. Alors faut-il réduire la vitesse sur les autoroutes ?

Source : Bmftv

🕵  Le débat des experts  🕵

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Le « Pour »
Claude Chabot
Membre du Bureau national de la Ligue contre la violence routière
110 km/h sur autoroute : une mesure intelligente

Une mesure d’économie

Les autoroutes sont des gouffres à carburant en raison des vitesses de circulation élevées. Entre 130 et 110, c’est 1 litre de carburant pour 100 km en moins. La vitesse maximum autorisée a donc toujours un effet important sur la chaîne économique, des importations de pétrole au portefeuille des ménages, en passant par l’économie des entreprises et la balance commerciale de la France.

La « perte de temps » – Les vitesses moyennes actuelles sont déjà de l’ordre de 110 km/h compte tenu des aléas de circulation. Une limite à 110 km/h conservera cette moyenne. L’impact économique réel par perte de temps est marginal. En cas de circulation dense, c’est même un gain de temps qu’il faut attendre en raison d’une circulation plus fluide.

Un impact écologique

L’objectif de la France est de réduire les émissions de CO2. 1 litre de carburant gagné, c’est 2,5 kg de CO2 en moins. Moins 18 kg sur un Paris-Marseille à 110 km/h au lieu de 130 km/h. Selon l’Ademe, passer de 130 à 120 km/h réduirait l’émission de 2 millions de tonnes de gaz à effet de serre et la consommation de 600 000 tonnes de carburant.

La santé publique – Réduire la vitesse, c’est aussi réduire les polluants chimiques et les particules issues de la combustion ou des systèmes de freinage, tous nocifs à la santé humaine ainsi que les nuisances sonores. Toutes ces nuisances sont à l’origine de graves pathologies.

Une plus grande sûreté routière.

Sur autoroute, depuis 10 ans, le nombre d’accidents mortels est d’environ 150 décès et 500 blessés hospitalisés par an. La vitesse apparaît en 2018 dans environ 40% des 140 accidents mortels. Or, toutes les baisses systémiques de la vitesse amènent une baisse de la mortalité routière. En 2011, en Espagne, on passe durant 4 mois à 110 km/h au lieu de 120 km/h : moins 34% du nombre des tués. En 2002, les radars sur les autoroutes en France réduisent les vitesses et divisent par 2 le nombre de victimes.

Qu’en est-il ailleurs ?

En Europe, tous les pays nordiques, le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, la Grèce, la Turquie roulent déjà à 120 km/h ou moins sur autoroute.

Le « Contre »
Pierre Chasseray
Délégué général de l’association « 40 millions d’automobilistes »
110 km/h : LA mesure en carton

Je me souviendrai longtemps de cette annonce de la Convention citoyenne déconnectée de la réalité. Une mesure était mise en avant comme si cette assemblée de 150 « citoyens » avait décidé de prendre la lumière des médias. Attirée par cette lueur de la petite lucarne, la mesure était affichée : une baisse généralisée de la limitation de vitesse.

Durant quelques minutes, nous avons cru à une mauvaise blague, un poisson d’avril. Quelques mois après l’installation houleuse des 80 km/h sur le réseau secondaire et la flambée des prix des carburants, initiant un mouvement de rébellion sans précédent depuis plusieurs décennies, voilà que quelques personnes se lançaient dans un nouveau combat contre l’opinion publique tels des Don Quichotte.

À force de calculs mathématiques et de formules, ils estimaient l’impact en émission de CO2 de la mesure, oubliant qu’une baisse de la limitation de vitesse induisait un changement d’itinéraires au profit des réseaux secondaires, oubliant aussi que la moyenne des vitesses constatées sur autoroute était déjà comprise entre 112 et 117 km/h.

J’avoue avoir tremblé tant nous vivons une époque où la possession d’une voiture est devenue le symbole du mal. Plus largement, il faudrait s’interroger sur les réelles motivations de ceux qui ont décidé, smartphone flambant neuf en poche, de lutter contre la voiture…

Il faut y voir le décalage d’une population hyper urbaine, déconnectée de la réalité de la majorité des Français, pour qui le véhicule est synonyme de travail, de loisirs, de vie sociale… Il faut y voir l’incompréhension des agglomérations urbaines où la densité dépasse les 21 000 habitants par km² par rapport au reste de la France, où la densité est inférieure à 100 habitants au km².

Heureusement, Emmanuel Macron a été sensible au discours de notre association « 40 millions d’automobilistes » et a repoussé cette mesure qui aurait pu, selon nous, être un nouveau détonateur de contestation populaire.

Cette mesure du « 110 sur autoroute » est le symbole d’une France coupée, scindée, déchirée entre une France rurale et une France des villes qui ne comprend plus la spécificité de notre pays. Elle est le symbole d’une population urbanisée qui ne voit plus de ligne d’horizon ou de verdure et qui assimile la France à ce qu’elle vit.

Il est temps d’apaiser, de comprendre, de réunir, de faire converger les intérêts de ceux pour qui l’écologie est une vision essentielle et de ceux qui n’ont pas besoin de vision de décroissance, mais au contraire d’une vision optimiste de l’écologie basée sur les progrès de la recherche et développement.

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